Focus : La méthanisation agricole
En France, la méthanisation agricole connaît un développement rapide, que les politiques publiques soutiennent largement. Dans un rapport publié en mars 2025, la Cour des comptes a évalué les effets de ces politiques. Elle souligne d’abord le foisonnement des dispositifs : tarifs d’achat, subventions d’investissement, etc. Si ces mesures se sont avérées très efficaces, le coût budgétaire est significatif et le biogaz apparaît comme une des productions énergétiques les plus subventionnées (figure). Ce soutien important se traduit, selon les évaluateurs de la Cour, par une rentabilité des projets élevée, voire excessive. Sur le plan du revenu agricole, un effet positif et significatif de la méthanisation a été mis en évidence sur l’Excédent brut d’exploitation (EBE) des agriculteurs qui possèdent une installation. En revanche, l’effet est moindre voire non significatif pour ceux qui se contentent d’apporter des intrants ou de récupérer du digestat. Ce constat contredit en partie l’idée selon laquelle le soutien au biogaz profite à tout un territoire et non aux seuls propriétaires d’unités de méthanisation.
Estimation des coûts unitaires pour l’État des dispositifs de soutien des différentes filières de production d’énergie (en € par MWh)
Source : Cour des comptes
Note de lecture : « biométhane » désigne ici le biométhane injecté dans le réseau de gaz et « biogaz » celui utilisé pour produire chaleur et électricité (co-génération).
Ces réflexions territoriales sont au cœur du chapitre qu’I. Réguer consacre à la production de biogaz en Bretagne, dans un ouvrage portant sur la géographie de l’énergie. L’auteure y montre que la méthanisation, dans cette région, s’est concentrée dans les zones à haut potentiel de production de biomasse et qu’elle a surtout concerné des grandes exploitations déjà solides financièrement. De fait, elle a contribué à accentuer fortement les inégalités entre agriculteurs.
Toujours en Bretagne, dans une pré-publication de la plateforme Social Science Research Network, des chercheurs proposent une classification des innovations mises en œuvre par les agriculteurs en matière énergétique. Ils distinguent celles visant la diversification des activités, celles faisant de l’agriculteur un producteur de matières premières pour le secteur de l’énergie, et enfin celles venant renforcer l’autonomie énergétique de l’exploitation. C’est justement parce qu’il voit dans la méthanisation un levier pour accroître cette dernière que C. Rousseau plaide, dans le dernier numéro de la revue Paysans et société, pour soutenir le développement de cette activité.
Mickaël Hugonnet, Centre d’études et de prospective



