FOCUS : mutations du secteur viticole

Le secteur viticole connaît une période prolongée de crise (voir un précédent billet). Dans son rapport annuel, publié en mai, l’Organisation internationale du vin (OIV) souligne la baisse de consommation mondiale (-2,7 % par rapport à 2024) pour la huitième année consécutive (figure). Cette évolution témoigne des changements durables des habitudes des consommateurs, et de difficultés liées au changement climatique ou aux fortes incertitudes relatives aux mesures tarifaires américaines. Les campagnes d’arrachage menées en France, dont l’objectif est d’adapter l’offre à la demande, ont réduit d’environ 4 % les surfaces en vigne entre 2024 et 2025.

Évolutions de la production mondiale de vin (en haut) et de la consommation mondiale (en bas), en millions d’hectolitres

Source : Organisation internationale du vin

Le cas de l’Italie est présenté dans un rapport de l’Institut des services pour le marché alimentaire agricole italien (ISMEA), qui décrit la restructuration du secteur du vin dans le pays. Les achats diminuent et les consommateurs s’orientent davantage vers les vins labellisés (AOP, IGP), qui représentent désormais 63 % des volumes en grande distribution. Le vin rouge est délaissé au profit des vins blancs, vins mousseux (15 % des volumes vendus pour 25 % de la valeur totale) et vins moins alcoolisés. On note aussi une concentration accrue des exploitations viticoles (-42 % d’exploitations entre 2010 et 2020), ainsi qu’un fort taux de conversion en agriculture biologique (+ 57 % en dix ans, soit 19 % de la surface totale en 2025).

L’attrait pour les vins labellisés se retrouve en Suisse. Le rapport de l’Office fédéral de l’agriculture y souligne que la production de raisins AOP représente 95 % de la production totale. Les stocks de ces vins restent relativement stables, tandis que ceux de vin de table et non labellisés ont augmenté de 16 % en un an, témoignant de l’affaiblissement de ce marché intérieur.

Ces tendances de consommation, que l’on retrouve dans la majorité des pays européens, ont des impacts sur les exploitations viticoles, notamment françaises. Un article de la revue Économie rurale analyse les difficultés rencontrées : un tiers des 339 viticulteurs interrogés envisage l’arrachage partiel de leurs vignes, un sur dix un arrachage définitif. Une quarantaine d’entre eux souhaitent diversifier leurs activités, en développant par exemple l’œnotourisme. Du côté des transmissions, les jeunes repreneurs se questionnent sur la viabilité des fermes et rencontrent des obstacles dans le processus d’installation. Une recomposition du vignoble s’opère donc, avec des impacts sur les plans économique, humain et paysager.

Le gouvernement luxembourgeois s’est d’ailleurs saisi de cette question de la diversification des activités, en proposant une feuille de route sur l’œnotourisme, lequel procure des revenus complémentaires aux exploitants. L’objectif est de renforcer l’attractivité du territoire en s’appuyant sur la demande croissante d’« expériences authentiques » et sur la mise en récit du local.

Diane Bigot, Centre d’études et de prospective

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