Système d’assurance et réduction des pesticides dans le secteur viticole
Un article publié en février 2025 dans l’European Review of Agricultural Economic évalue le niveau d’adoption de différentes formules d’assurance « verte », visant à réduire l’utilisation des produits phytosanitaires en viticulture. Il en modélise aussi les effets sur l’ensemble du vignoble français.
Les outils d’aide à la décision (OAD) fournissent aux agriculteurs des préconisations d’application des herbicides, fongicides et insecticides, en fonction de la pression des organismes nuisibles. Mais ils restent encore faiblement adoptés, malgré leur potentiel pour réduire l’utilisation de ces produits. En effet, le risque financier perçu par les agriculteurs, en cas de perte de rendement, n’est pas compensé par les moindres dépenses en intrants. Le système d’assurance verte étudié ici garantit au viticulteur une compensation financière en cas de pertes de rendement, sur une campagne, après avoir suivi les recommandations d’un OAD pour les traitements fongicides. À l’indemnité versée par l’assureur privé suite aux dommages s’ajoute une subvention publique permettant de couvrir l’intégralité du sinistre, dès lors que le protocole de traitement fourni par l’OAD a bien été suivi (date, produit, quantité).
Les chercheurs ont tout d’abord affiné les différentes modalités du dispositif – type de contrat, évaluation des dommages, niveau de couverture et prime – avec des assureurs, des agriculteurs et des conseillers agronomiques (figure). Ils ont ensuite mené une enquête auprès de viticulteurs afin d’évaluer le niveau d’adoption d’une telle assurance, selon différentes formules. En fonction des modalités proposées, 48 à 60 % des 442 répondants y souscriraient, en privilégiant des contrats individuels où les dédommagements sont estimés sur place par un expert.
Enfin, les auteurs ont combiné les résultats de cette enquête à ceux de l’expérimentation de cet OAD dans le cadre du programme VitiREV en Nouvelle-Aquitaine, afin d’estimer le potentiel de réduction de fongicides à l’échelle nationale. La proposition de cette assurance verte à l’ensemble des viticulteurs français conduirait à une réduction de 45 % de l’utilisation de fongicides (en « indice de fréquence de traitement », IFT). Avec une baisse moyenne de rendement estimée à 10 %, la subvention publique pour le bonus, à hauteur de 30 % des pertes, s’élèverait en moyenne à 1 457 € par hectare et par an. Ce montant est beaucoup plus élevé que celui des mesures agro-environnementales de réduction des produits phytosanitaires (autour de 300 € par hectare et par an entre 2014 et 2020). Mais selon les auteurs, cette assurance aurait une portée supérieure, en termes de nombre de contrats et de baisse globale d’IFT.
Exemple de deux formules de contrats d’assurance verte expérimentées
Source : European Review of Agricultural Economic
Lecture : la souscription du contrat peut être faite à titre individuel ou collectif (par exemple dans le cadre d’une coopérative viticole). L’évaluation des dommages peut être réalisée sur place par un expert ou estimée à partir d’un indice local de pression fongique mesuré dans des parcelles témoin. Deux primes sont fixées selon le niveau de couverture des dommages.
Jérôme Lerbourg, Centre d’études et de prospective


