Empreinte carbone des approvisionnements en viande de bœuf des entreprises alimentaires : États-Unis et Europe

En janvier 2026, le World Ressource Institute a publié un rapport sur les émissions de gaz à effet de serre liées aux approvisionnements en viande de bœuf des entreprises de la restauration et de la distribution, aux États-Unis et en Europe. Le rapport se fonde sur une revue de la littérature et des entretiens avec des experts.

D’après cette étude, les émissions par unité de viande bovine produite sont déjà réduites (41,3 kg CO2e par kg en moyenne aux États-Unis). Ce ratio pourrait être encore amélioré en appliquant différentes mesures d’atténuation (optimisation du pâturage, meilleure gestion des maladies, additifs alimentaires, sélection génétique, etc.). Les émissions par kg de bœuf pourraient ainsi être réduites de 48 % d’ici à 2030 aux États-Unis. Les auteurs soulignent aussi l’intérêt de prendre en compte l’occupation des terres dans l’impact climatique de la filière viande bovine. En effet, elle génère des émissions, liées par exemple aux pertes de carbone des sols et des plantes, qui n’auraient pas eu lieu si les terres n’avaient pas été dédiées à l’élevage et retournaient à l’état naturel. Ces émissions représentent en moyenne quatre fois celles liées à la production et à la chaîne d’approvisionnement. En tenant compte de ce paramètre, les émissions liées à la production de viande de bœuf aux États-Unis ne pourraient être réduites que de 18 % par kg d’ici à 2030 (figure).

 

Potentiel de réduction du coût carbone total de la production de viande de bœuf aux États-Unis
Source : World Ressource Institute
Lecture : la part verte correspond aux émissions liées à la production (pratiques agricoles, alimentation animale) et au reste de la chaîne d’approvisionnement (transformation, transport, etc.). La part jaune correspond aux émissions liées à l’occupation des terres, c’est-à-dire au carbone qui aurait pu être stocké naturellement dans les sols si les terres n’avaient pas été dédiées ou converties à l’élevage.

Les auteurs comparent ensuite les émissions liées à la production de viande de bœuf issue de filières conventionnelles d’engraissement, à celles du bœuf en élevage biologique et nourri à l’herbe. Aux États-Unis et en Europe, malgré des bénéfices environnementaux et une amélioration du bien-être animal, la production en AB a un coût carbone (par kg de viande) plus élevé de 28 % par rapport au bœuf conventionnel fini au grain. Pour le bœuf au pâturage, la différence s’élève à 130 %. Cela s’explique par l’allongement de la durée de vie du bétail et par l’utilisation de surfaces plus importantes pour l’alimentation animale (prairies). Ces résultats tiennent compte de la séquestration de carbone dans les sols des prairies, qui ne permet cependant pas de compenser les émissions plus importantes des systèmes herbagers. Les auteurs soulignent que les entreprises de la restauration et de la distribution alimentaire peuvent réduire le nombre d’arbitrages à effectuer, entre empreinte carbone, bien-être animal et autres critères (ex. utilisation d’antibiotiques, pollution de l’eau), en modifiant leurs volumes d’achat. Ils proposent des scénarios de réduction des achats de bœuf permettant d’atteindre simultanément plusieurs objectifs de durabilité (figure).

Scénarios de réduction des achats de bœuf et d’amélioration de la qualité, et impacts sur les émissions de GES
Source : World Ressource Institute
Lecture : les auteurs comparent les émissions d’une entreprise fictive servant 6 millions de repas par an, basés sur la consommation nord-américaine moyenne de 2015, en fonction de la quantité de viande achetée. Les deux scénarios permettent de réduire les émissions en achetant moins de viande de bœuf. Le scénario le plus ambitieux (even less meat, -75 % de bœuf) permet à l’entreprise de s’approvisionner à 100 % en bœuf nourri à l’herbe, sans nuire à son bilan carbone.

Enfin, le rapport évalue des labels promouvant de la viande de bœuf « respectueuse du climat ». Il révèle un manque de transparence dans les chaînes d’approvisionnement et l’absence de certification fiable. Les auteurs soulignent notamment un décalage entre les pratiques permettant de réduire les émissions et les informations actuellement accessibles aux acheteurs de viande bovine.

Marie Martinez, Centre d’études et de prospective

Source : World Ressource Institute

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