Quatre scénarios prospectifs pour les filières bœuf, porc et volaille françaises d’ici à 2035
L’Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI) a publié, en décembre 2025, quatre scénarios d’évolution des filières bovine, porcine et avicole françaises. Ce travail repose sur une modélisation des systèmes d’élevage et sur la quantification d’indicateurs technico-économiques (ex. surfaces agricoles, taux d’auto-approvisionnement, emploi) et environnementaux (ex. émissions de gaz à effet de serre (GES), surplus d’azote).
Le scénario tendanciel prolonge les dynamiques actuelles. Les productions bovine et porcine y reculent de 22 % et 7 % respectivement (figure), tandis que celles de volaille progressent (+2 %, notamment le poulet). Les élevages de plus grande taille se concentrent dans le centre-ouest. Dans le scénario « productivisme efficient », les performances techniques des élevages s’améliorent, la méthanisation se développe et la concentration géographique s’accentue. Le scénario « élevage sobre » privilégie l’élevage bovin herbager, le maintien des prairies permanentes et la valorisation des coproduits. La production se déspécialise et se déconcentre, tandis que le nombre de fermes augmente, au profit de structures plus petites. Enfin, dans le scénario « renaissance rurale », un système dual émerge. Il combine des exploitations spécialisées aux pratiques intensives et des systèmes d’élevage diversifiés (tourisme, vente directe, éducation), qui revitalisent les territoires.
Évolution de la production de volailles, porcs et bovins, et de sa spatialisation, selon les scénarios étudiés
Source : IDDRI
Parmi les scénarios élaborés, « productivisme efficient » et « renaissance rurale » sont ceux qui permettraient d’accroître le plus fortement les taux d’auto-approvisionnement (figure), tandis que la trajectoire tendancielle de la demande en viande ne les améliorerait pas.
Évolution du taux d’auto-approvisionnement dans les quatre scénarios prospectifs, selon l’évolution de la demande, d’ici à 2035
Source : IDDRI
Lecture : le taux d’auto-approvisionnement est le rapport entre la production et la consommation nationales. TYFA et Trame2035 renvoient à des scénarios d’évolution de la demande élaborés par l’IDDRI.
Sur le plan environnemental, les émissions de GES des élevages porcins et bovins diminueraient dans tous les scénarios, tandis qu’une baisse de la demande serait nécessaire pour la volaille. Le surplus d’azote diminuerait en 2035 dans tous les scénarios par rapport à 2020. Néanmoins, seul le scénario « élevage sobre » permettrait de faire mieux que l’évolution tendancielle, en raison de la baisse de l’activité.
Les auteurs soulignent qu’aucun scénario ne permet de répondre à l’ensemble des enjeux économiques, sociaux et environnementaux de l’élevage. Ils recommandent de réaliser des arbitrages afin de s’éloigner d’une évolution tendancielle qui ne génère pas de consensus dans les filières. Ils alertent aussi sur la nécessité de raisonner à l’échelle européenne.
Miguel Rivière, Centre d’études et de prospective
Source : IDDRI





