Volatilité croissante des revenus agricoles européens

Le Comité pour l’agriculture et le développement rural du Parlement européen a publié, en février 2026, un rapport sur les conséquences de l’inflation sur les résultats des exploitations agricoles européennes. Ce travail, réalisé par des chercheurs de l’université de Wageningen et du Teagasc (Irlande), évalue aussi les mesures de soutien aux revenus.

La hausse des prix du gaz naturel, en 2021, aggravée par la guerre en Ukraine en 2022, a entraîné une augmentation du prix des engrais. Celle-ci s’est ensuite étendue à l’ensemble des intrants et des produits agricoles. Ce décalage dans le temps a conduit à un important « effet ciseaux » des prix agricoles en 2023, après leur forte hausse de 2022.

La valeur de la production a bondi en 2022, avant de reculer en raison de la baisse des volumes (figure). Les conséquences sur l’équilibre financier des exploitations et sur les revenus agricoles ont toutefois été plus marquées dans certains secteurs (lait, vin, grandes cultures) et certains pays (Danemark, Irlande, Estonie, Lituanie, Pologne, etc.).

Décomposition de l’évolution de la valeur de la production dans l’Union européenne
Source : Parlement européen

La volatilité des revenus sur la période 2013-2023 est particulièrement forte pour les exploitations d’élevage : 0,5 pour les exploitations d’élevages mixtes contre 0,1 pour les exploitations de cultures permanentes mixtes. Les auteurs utilisent principalement deux indicateurs de revenu des exploitations agricoles : la valeur ajoutée nette par unité de travail annuel et le revenu du ménage agricole par unité de travail non salarié.

La volatilité des revenus des ménages agricoles est systématiquement supérieure, dans tous les secteurs (figure), ce qui s’explique en grande partie par la construction des indicateurs et par le poids de la rémunération du capital et du travail. Par ailleurs, l’instabilité des revenus en Europe est plus forte que celle observée aux États-Unis, notamment pour les grandes cultures (comprise entre 0,17 et 0,27 outre-Atlantique, contre 0,30 à 0,45 en Europe). En effet, une large palette de dispositifs (paiements contracycliques, assurances, autres outils de gestion des risques) permet d’y atténuer les impacts des aléas de marché.

Volatilité des revenus agricoles, calculés comme la valeur ajoutée nette par unité de travail annuel (en bleu) ou le revenu des ménages par unité de travail non salarié (en orange)
Source : Parlement européen

Représentant en moyenne près d’un tiers des revenus des exploitations, les aides de la PAC contribuent à amortir cette volatilité. Néanmoins, leurs montants étant fixés en valeur nominale, elles ont perdu en efficacité en raison de la forte inflation sur la période. Les auteurs préconisent d’ailleurs leur indexation sur l’inflation. En revanche, les outils de gestion des risques, a priori efficaces pour amortir les chocs de prix ou de revenus, restent peu utilisés par les agriculteurs. Plusieurs raisons sont évoquées, notamment : le coût des primes d’assurance en dépit des soutiens apportés, la complexité administrative des instruments de stabilisation des revenus, l’anticipation des aides d’urgence nationales, etc. Les auteurs suggèrent d’accroître le soutien financier aux mécanismes de gestion des risques, et d’investir dans la formation des agriculteurs et des conseillers pour développer leur utilisation.

Enfin, les auteurs soulignent qu’un système d’observation précis et réactif de la situation économique des agriculteurs permettrait d’améliorer l’efficacité des dispositifs de soutien au revenu. Plusieurs pistes sont ainsi mentionnées : élaborer des indicateurs anticipés à partir du suivi des prix et des volumes, mieux saisir le niveau de vie des ménages agricoles en intégrant toutes les sources de revenus, s’appuyer sur les suivis de trésorerie.

Muriel Mahé, Centre d’études et de prospective

Source : Comité sur l’agriculture et de développement rural du Parlement européen

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