J. Dubrulle, Anatomie d’une crise en élevage charolais, Quæ, 2026, 195 pages

Paru en janvier 2026, cet ouvrage s’intéresse aux difficultés rencontrées par les éleveurs du bassin charolais, à l’est du Massif central. Il retrace d’abord la spécialisation progressive des exploitations sur la production de bovins maigres, les « broutards », vendus entre 8 et 12 mois pour être engraissés, abattus et mangés en Italie. À partir des années 1960, l’élevage à l’herbe s’industrialise, dans un contexte d’augmentation de la consommation de viande bovine, d’abord sous forme de morceaux en boucherie, puis de viande hachée en grandes surfaces. Le nombre de vaches par actif agricole est multiplié par 10 en 60 ans. Le produit des ventes augmente, mais moins rapidement que les coûts de production. La valeur ajoutée nette devient négative à partir des années 2000 et l’élevage charolais est désormais très dépendant des aides publiques. En matière de conditions de travail, la synchronisation des mises bas, censée améliorer la rentabilité, provoque des pics d’activité, accroît la pénibilité et réduit les marges de manœuvre face aux aléas climatiques (variabilité de la pousse de l’herbe, recours accru aux fourrages). Le quotidien est rude : journées longues, sommeil fractionné, isolement professionnel, etc. Il devient alors difficile de transmettre les exploitations. L’auteur prend soin d’analyser les efforts individuels pour « s’extraire du moule à veaux », en engraissant les bovins sur l’exploitation ou en démarrant une seconde production, mais les tentatives de réorientation se heurtent à des obstacles difficiles à contourner : rapport de force défavorable avec les acheteurs, inadéquation des démarches de patrimonialisation pour un produit intermédiaire destiné à être « fini » hors du territoire, etc.

Florent Bidaud, Centre d’études et de prospective

Source : Quæ 

image_pdfimage_print