Glyphosate et mortalité néonatale aux États-Unis
Un article accepté pour publication en décembre 2025, dans le Journal of the Association of Environmental and Resource Economics, montre que l’exposition prénatale au glyphosate, à travers la consommation d’eau contaminée par cet herbicide, aux États-Unis, augmente la mortalité néonatale dans les sept jours qui suivent la naissance.
Dans ce pays, l’utilisation de glyphosate a été multipliée par quinze depuis 1996, suite à l’introduction de variétés de maïs et soja OGM résistantes, puis au développement de la filière bioéthanol (figure). Toutefois, mesurer ses conséquences sur la santé humaine en conditions réelles est particulièrement difficile, car l’effet éventuel d’une exposition se confond avec celui d’autres facteurs socioéconomiques ou environnementaux affectant la santé.
Consommation annuelle des cinq produits phytosanitaires les plus utilisés aux États-Unis
Source : Journal of the Association of Environmental and Resource Economics
Lecture : la consommation de glyphosate est passée d’environ 25 000 à 85 000 tonnes entre 2001 et 2014, alors que celle des autres produits phytosanitaires est restée relativement stable.
L’auteure de l’article pallie cette difficulté en établissant, par une approche quasi-expérimentale, un lien causal entre la santé des nouveau-nés dans les comtés de la Corn Belt étasunienne et l’utilisation de glyphosate, à l’amont du bassin versant alimentant leurs réseaux d’eau potable. Les variations d’applications d’herbicide à l’amont d’un comté sont décorrélées des caractéristiques locales de ce même comté, créant une situation d’expérience naturelle.
À partir des données couvrant 13 États, de 2001 à 2014, l’auteure montre que l’exposition au glyphosate augmente le taux de mortalité des nouveau-nés dans la moitié la plus pauvre des comtés étudiés. Plus précisément, une augmentation des applications de glyphosate de 10 kg/km2, jusqu’à 200 km en amont d’un comté, engendre une augmentation de la mortalité néonatale à sept jours de 4,6 %. L’utilisation du glyphosate aurait ainsi causé environ 90 décès supplémentaires par an, sur la période et le périmètre considérés.
En revanche, l’analyse ne révèle pas d’effet significatif sur la moitié la plus riche des localités étudiées, bien que l’exposition au glyphosate y soit plus importante (figure). L’auteure avance deux explications. D’une part, ces populations consomment davantage d’eau filtrée ou en bouteille, réduisant l’exposition au glyphosate présent dans l’eau courante. D’autre part, les puits privés, non concernés par les obligations de qualité de l’eau, y sont moins nombreux.
Variation de l’exposition amont des comtés au glyphosate entre 2001-2007 et 2008-2014
Source : Journal of the Association of Environmental and Resource Economics
Lecture : la plupart des comtés (counties) ont vu augmenter la quantité moyenne de glyphosate appliquée en amont de leur bassin versant entre 2001-2007 et 2008-2014, mais cette augmentation est tendanciellement plus importante dans la moitié la plus aisée des comtés.
L’auteure souligne que le traitement public de l’eau, pour éliminer le glyphosate, serait une mesure de réduction de la mortalité néonatale plus efficiente que la consommation d’eau en bouteille. Elle considère également que les effets du glyphosate sur la santé, clairement mis en évidence, pourraient justifier une réglementation plus restrictive de l’usage de cet herbicide.
Valentin Cocco, Centre d’études et de prospective
Source : Journal of the Association of Environmental and Resource Economics




