Autonomie stratégique du secteur agricole allemand : un scénario prospectif d’ici à 2045
Dans un contexte d’incertitudes géopolitiques, le think tank allemand Agora Agrar a publié, en janvier 2026, un scénario d’autonomie stratégique de l’Allemagne en matière agricole à l’horizon 2045. Il modélise une trajectoire qui permettrait au système alimentaire allemand de réduire sa dépendance aux importations (fourrages, viande de bœuf et de volaille, œufs, oléagineux, etc.) et d’assurer la sécurité alimentaire nationale, tout en respectant les objectifs climatiques et environnementaux (neutralité climatique, etc.).
Dans les vingt prochaines années, les importations agricoles nettes de l’Allemagne pourraient passer de 4 millions à 1 million d’hectares de surfaces virtuelles (équivalents de surfaces utilisées à l’étranger pour leur production) (figure). Cette baisse serait notamment due à une réduction des importations d’aliments pour animaux et d’oléagineux, et à une hausse des exportations nettes de produits laitiers et de céréales. La balance commerciale allemande s’améliorerait légèrement pour les œufs, la viande de volaille et de bœuf. La moindre dépendance aux importations reposerait sur une production de biomasse accrue (ex. légumineuses, fruits et légumes, arbres à croissance rapide).
Bilan des échanges de surfaces agricoles virtuelles allemandes pour les produits agricoles, en 2020 et en 2045
Source : Agora Agrar
Lecture : les barres mauves représentent les surfaces virtuelles importées (c’est-à-dire les importations allemandes de produits agricoles, exprimées en équivalents de surfaces utilisées à l’étranger pour leur production) ; les barres violettes les surfaces virtuelles exportées ; les barres jaunes les échanges nets qui en résultent (exprimés en surfaces virtuelles). L’histogramme central correspond au bilan des échanges de surfaces agricoles en 2045, sans changements de la consommation allemande, tandis que l’histogramme de droite correspond aux évolutions des échanges avec modification de la consommation.
Ce scénario repose sur deux moteurs principaux : l’alimentation et la bioéconomie. Il suppose une réduction de moitié de la consommation de produits d’origine animale, mais aussi du gaspillage alimentaire d’ici à 2045. Il implique par ailleurs une hausse de 10 % de l’utilisation de biomasse pour les matériaux de construction, les composés chimiques et le biogaz.
D’ici à 2045, les émissions agricoles allemandes baisseraient de 60 %. Celles liées à l’élevage et aux engrais minéraux diminueraient de 68 % et 38 % respectivement, tandis que les pertes d’azote seraient réduites de moitié (figure). Le puits de carbone agricole de l’Allemagne augmenterait de 20 à 49 MtCO2e en 2045 grâce au reboisement, à l’utilisation matérielle de la biomasse, à l’accroissement des haies et à la réhumidification des tourbières. La bioéconomie offrirait par ailleurs des sources de revenus supplémentaires et plus diversifiées pour les agriculteurs.
Évolution de la densité de bétail en Allemagne entre 2020 et 2045
Source : Agora Agrar
Lecture : les régions allemandes en violet foncé correspondent à une densité de bétail supérieure à 2 unités de gros bétail par unité de surface agricole utilisée. Les régions les plus claires correspondent à une densité inférieure à 0,5 unité. En moyenne, la densité du bétail diminue environ de moitié dans le scénario élaboré, d’ici à 2045.
Pour advenir, ce scénario nécessiterait des politiques incitant à l’utilisation non-alimentaire de la biomasse (quotas, soutien à l’investissement, etc.) et à la production de biogaz. Il serait également favorisé par la mise en œuvre de politiques alimentaires telles qu’un programme fédéral interministériel pour la restauration collective dans les crèches et les écoles. Enfin, les auteurs proposent un système de benchmarking pour comparer les performances environnementales des exploitations et rémunérer les pratiques les plus durables.
Marie Martinez, Centre d’études et de prospective
Source : Agora Agrar




