Stratégie chinoise de stockage agricole et alimentaire
Dans une note publiée en janvier 2026 par l’Institut Montaigne, P. Pinhas s’intéresse à la politique chinoise en matière de stockage. L’analyse porte sur les produits agricoles et alimentaires, mais aussi sur les produits énergétiques fossiles, ainsi que les métaux et minéraux.
La politique de stockage de la Chine a bénéficié d’un budget de 16,7 milliards d’euros en 2025, en hausse de 6 % par rapport à celui de l’année précédente. Pour les seuls stocks alimentaires, l’enveloppe dédiée est près de vingt fois supérieure à celle de l’ensemble des pays de l’OCDE.
La constitution de réserves de produits agricoles et alimentaires est vue comme une nécessité par les pouvoirs publics chinois, le pays étant agro-importateur net depuis 2004. Cette politique vise à préserver des intérêts défensifs, en permettant au pays de faire face à un éventuel blocus, à des aléas climatiques, des tensions sur les marchés internationaux, etc. Elle diffère de la stratégie mise en œuvre pour le stockage des métaux et minéraux, notamment des terres rares, qui poursuit des intérêts plus offensifs : influence voire manipulation des prix mondiaux, soutien à l’industrie nationale en absorbant les invendus lors des périodes de ralentissement économique, etc.
Le volume des stocks agricoles chinois fait l’objet de nombreuses interrogations, les autorités entretenant une opacité assumée. Elles se bornent à affirmer que les réserves de maïs et de riz seraient en mesure de couvrir les besoins alimentaires du pays pour plus d’un an, ce qui paraît surestimé (figure). Au-delà des volumes, la qualité du stockage a longtemps fait défaut, une part importante des denrées stockées s’avérant in fine impropres à la consommation humaine. Cependant, des investissements colossaux ont été réalisés dans les infrastructures et le taux de perte serait passé de 8 % il y a dix ans à 1 % aujourd’hui.
Estimation des niveaux de production, de consommation et de stockage de la Chine pour les principales céréales et le soja
Source : Institut Montaigne
En conclusion, l’auteur tire plusieurs enseignements du cas chinois, pour la France et l’Union européenne, quelques mois après que celle-ci a publié sa feuille de route visant à renforcer le stockage stratégique. Pour lui, cette politique doit s’appuyer sur une identification précise des besoins et sur leur hiérarchisation. Elle doit aussi disposer d’une gouvernance claire, et mobiliser des financements innovants pour que les pouvoirs publics ne soient pas les seuls à supporter le coût du stockage.
Mickaël Hugonnet, Centre d’études et de prospective
Source : Institut Montaigne



