Potentiel de décarbonation de l’agriculture : différents scénarios prospectifs

En novembre 2025, le think tank Institute for European Environmental Policy a sorti un rapport comparant les potentiels de réduction des émissions de l’agriculture européenne, selon sept scénarios prospectifs publiés ces dernières années. Il se concentre sur les émissions résiduelles, c’est-à-dire celles dont la réduction devrait être très difficile (ex. liées à la fermentation entérique des ruminants). À mesure que les autres secteurs de l’économie progressent dans leur transition bas-carbone, le secteur agricole, complexe à décarboner, devrait venir se placer en tête des émissions résiduelles européennes.

À l’horizon 2050, celles-ci seraient comprises entre 150 MtCO2e et 275 MtCO2e selon le scénario, soit des réductions de 59 % à 25 % respectivement par rapport à 2023 (figure). Les diminutions les plus fortes reposent sur des hypothèses de baisse de la consommation de protéines animales et de déploiement de technologies d’atténuation. Ces scénarios sont également associés à des fuites de carbone limitées à l’international et à une amélioration de la balance commerciale de l’UE (moindre importation d’alimentation animale, etc.).

 Synthèse des scénarios étudiés et des émissions résiduelles associées
Source : Institute for European Environmental Policy

Dans la plupart des scénarios, l’atténuation du changement climatique passe par l’adoption de technologies. Les inhibiteurs de nitrification pour l’application d’engrais sont identifiés comme le principal moteur de décarbonation des productions végétales. Pour les productions animales, il s’agit des additifs alimentaires 3-NOP (inhibiteurs de méthane) et de la méthanisation. Cependant, d’après les auteurs, la mise en œuvre de ces solutions impliquerait une intensification et une concentration des systèmes de production, notamment en raison des économies d’échelle requises par ces technologies.

La quasi-totalité des scénarios prévoit une réduction des cheptels et des produits d’origine animale, hors production laitière, laquelle devrait rester importante (figure). Les productions végétales, notamment les cultures pérennes et fixatrices d’azote, seraient stables ou en hausse. Cependant, les modèles employés dans les prospectives ne prennent pas pleinement en compte les impacts du changement climatique (ex. augmentation des événements extrêmes). Tous les scénarios étudiés supposent d’appliquer un prix au carbone dans le secteur agricole (entre 100 et 470 euros / tCO2e), avec une répartition de ce coût entre acteurs.

Production européenne de lait et de viande en 2040/2050
Source : Institute for European Environmental Policy

Marie Martinez, Centre d’études et de prospective

Source : Institute for European Environmental Policy

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