Chaînes de valeur mondiales et volatilité des prix alimentaires

Un article publié dans l’American Journal of Agricultural Economics analyse les prix à la consommation en fonction du degré d’intégration aux marchés mondiaux. Les auteurs ont étudié les prix alimentaires domestiques de 138 pays, à partir d’un indicateur fondé sur les importations et les exportations. Le traitement économétrique de ces données, sur la période 2000-2015, met en évidence des effets antagonistes sur le prix moyen et la volatilité : quand la participation au commerce international augmente, les prix domestiques diminuent (en moyenne annuelle), tandis que leur variabilité intra-annuelle s’accroît.

Des analyses complémentaires examinent ces effets plus finement. La diminution des prix moyens est avant tout observée pour des pays s’inscrivant à l’aval de la chaîne de valeur, c’est-à-dire exportant à des étapes proches de la consommation finale (transformation et distribution). L’augmentation de la volatilité est quant à elle particulièrement prononcée pour la tranche supérieure des pays à revenu intermédiaire (ex : Liban, Malaisie, Mexique). Dans leurs cas, le manque d’outils de stabilisation des prix empêcherait de compenser l’exposition aux chocs économiques liée à leur intégration aux marchés mondiaux. Les auteurs suggèrent d’y pallier par le développement de réserves alimentaires, la contractualisation de long terme ou le soutien à des productions domestiques stratégiques.

À la lumière de ces résultats, les auteurs discutent de l’intérêt pour les gouvernements de libéraliser leurs politiques commerciales. Les consommateurs bénéficieraient de la diminution des prix alimentaires et ils seraient relativement insensibles à leurs fluctuations, mais les producteurs pâtiraient de leur baisse et de leur volatilité. Ces effets différenciés entre consommateurs et producteurs incitent les pays dont la population est essentiellement non agricole à se positionner en faveur de l’ouverture aux marchés mondiaux et, à l’inverse, les économies à dominante agraire à s’y opposer.

Valentin Cocco, Centre d’études et de prospective

Source : American Journal of Agricultural Economics

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