Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) et échange de quotas d’émissions : quels impacts sur le secteur agricole européen ?

Un article publié en juin 2026 dans le Journal of Agricultural Economics évalue les conséquences de la suppression progressive des quotas gratuits alloués aux producteurs européens d’engrais, et de l’entrée en vigueur du MACF en 2026. Pour ce faire, les auteurs utilisent le modèle d’équilibre général MAGNET, associé au modèle d’équilibre partiel CAPRI. Ils comparent deux scénarios à l’horizon 2030 : un scénario de référence, sans système d’échange de quotas d’émissions européen (SEQE) ni MACF, calibré sur les perspectives agricoles de la Commission européenne de 2022, et un scénario associant les deux dispositifs.

Les projections réalisées indiquent que l’effet combiné du MACF et du SEQE conduirait à un doublement du prix des fertilisants minéraux dans l’Union européenne (UE) en 2030, par rapport au scénario de référence. Cette augmentation de prix entrainerait une baisse de 22 % de leur utilisation au sein de l’UE. Cette réduction globale serait d’ampleur variable selon les régions (figure). Elle dépendrait en partie de la proximité entre élevages et cultures, et donc de la capacité des exploitants à remplacer les engrais azotés minéraux par des engrais organiques (fumier, lisier, purin).

Variations relatives de l’utilisation d’engrais minéraux en 2030, entre le scénario de référence et le scénario avec suppression progressive des quotas gratuits et MACF

Source : Journal of Agricultural Economics

La structure des fermes de la région considérée joue également un rôle : les petites exploitations dont les capacités financières sont limitées auront davantage de difficultés à se fournir en engrais minéraux. Le MACF et le SEQE auraient pour effet de réduire de 7,7 % le revenu total du secteur agricole européen, par rapport au scénario de référence, avec une fois encore des disparités importantes entre régions. La hausse des coûts d’achats d’engrais se répercuterait sur les prix à la production de l’ordre de +7 % pour les céréales, +5 % pour les graines oléagineuses, et dans de moindres proportions sur les prix à la consommation (+1,5 % au maximum). Elle conduirait aussi à une réduction des exportations provenant des États membres : -12,5 % au maximum pour les céréales.

Dans le scénario prenant en compte les effets du MACF et du SEQE, les importations de fertilisants minéraux seraient réduites de 37 % (figure) et leur production sur le territoire européen de 21,4 %, alors qu’avec la seule suppression des quotas gratuits (sans application du MACF), ce dernier pourcentage atteindrait 79 %. Ces résultats montrent que le MACF, en augmentant les coûts à l’importation des produits selon leur intensité d’émission, permet bien de limiter la concurrence déloyale subie par les producteurs européens, qui voient leurs coûts de production augmenter sous l’effet du SEQE.

Les modélisations du scénario où les deux mécanismes sont combinés montrent qu’ils permettraient de réduire les émissions de gaz à effet de serre du secteur agricole européen de 5,4 % (-22 MtCO2eq), en 2030, sans provoquer de hausse significative des émissions agricoles dans les autres régions du monde.

Variation nette des importations européennes d’engrais en 2030, par rapport au scénario de référence
Source : Journal of Agricultural Economics

Émeline Lévêque, stagiaire au Centre d’études et de prospective

Source : Journal of Agricultural Economics

image_pdfimage_print