Guerre au Moyen-Orient : impacts agricoles et alimentaires et scénarios futurs

Une publication de l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) du 15 mars 2026 analyse les conséquences de la guerre au Moyen-Orient sur le commerce et les systèmes agroalimentaires mondiaux. Les auteurs soulignent d’abord l’importance des pays du Golfe dans les échanges d’hydrocarbures et d’engrais. 30 à 35 % des exportations mondiales d’urée transitent par le détroit d’Ormuz et son prix a explosé dès le début du conflit (figure), menaçant les agriculteurs de la planète d’une forte augmentation de leurs charges.

Évolution du prix de l’urée entre décembre 2025 et mars 2026 (en dollars américains)
Source : FAO

La note compare les impacts du conflit actuel dans le Golfe à ceux de la guerre en Ukraine. Cette dernière a provoqué un choc d’offre de produits agricoles, réduisant fortement les exportations de denrées de base (blé, maïs, orge et huile de tournesol). La guerre au Moyen-Orient agit davantage sur les intrants agricoles avec des effets en cascade sur l’ensemble des chaînes de valeur. Elle crée aussi un choc de demande régional, en raison de l’arrêt des importations alimentaires des pays du Golfe très dépendants de l’extérieur (14 % des importations mondiales de riz).

Les auteurs abordent ensuite les enjeux de sécurité alimentaire des pays riverains du Golfe (figure). Bien que l’agriculture locale assure 78 % de son approvisionnement, l’Iran (plus de 90 millions d’habitants) est très vulnérable et connaît une forte inflation depuis un an (+142 % pour les céréales, +200 % pour l’huile de cuisson). Début mars, le gouvernement iranien a interdit toutes les exportations alimentaires pour prioriser son approvisionnement. Le pays dépend par ailleurs des importations pour des produits clefs : 95 % du maïs pour l’alimentation animale et 100 % des huiles.

Dépendance des pays du Golfe arabo-persique aux importations alimentaires
Source : FAO
Lecture : Bahreïn, Koweït et le Qatar dépendent à plus de 80 % des importations alimentaires. L’Iran assure quant à lui 78 % de son approvisionnement alimentaire grâce à la production nationale.

Enfin, les effets complexes de la crise sur les systèmes agro-alimentaires mondiaux sont modélisés. Trois chocs sont identifiés : hausse des prix de l’énergie et des engrais, augmentation des coûts de production agricole, baisse de la demande agroalimentaire mondiale totale en raison de l’arrêt des achats du Golfe. Trois scénarios prospectifs sont envisagés, en fonction de la durée de la crise : court terme (1 mois) et impacts limités ; moyen terme (3 mois) et impacts durables sur tous les agriculteurs ; fin de la crise en 2030, avec des effets structurels sur la croissance, les échanges et la productivité agricole mondiale. Une tendance claire se dégage : plus un secteur dépend des engrais (ex. maïs et blé), plus il sera affecté. Les auteurs recommandent une réponse politique coordonnée privilégiant : à court terme, la recherche de routes commerciales alternatives et le soutien aux agriculteurs vulnérables ; à moyen terme la diversification des sources d’importations ; à long terme des investissements dans la production durable d’engrais et d’énergies non fossiles.

Delphine Acloque, Centre d’études et de prospective

Source : FAO

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