Sécurité alimentaire mondiale à l’horizon 2100 : des trajectoires divergentes
Une étude publiée dans Nature en janvier 2026 projette l’exposition de la population mondiale aux crises alimentaires, à l’horizon 2100. Quatre trajectoires sont décrites, croisant données météorologiques, projections démographiques et de pauvreté. La première est une « trajectoire de durabilité », où progrès sociaux et environnementaux permettent de relever le défi du changement climatique. La deuxième est une « trajectoire de continuité », prolongeant les tendances actuelles. La troisième, « trajectoire de rivalités », voit les tensions géopolitiques compliquer l’atténuation et l’adaptation au changement climatique. Enfin, la « trajectoire d’inégalités profondes » se caractérise par une déconnexion entre des sociétés riches et avancées (du point de vue technologique et éducatif) et des sociétés fragmentées et à faibles revenus, avec de fortes difficultés d’adaptation.
Cartographie du risque alimentaire selon les quatre trajectoires étudiées, aux horizons 2050 et 2099
Source : Nature
Lecture : le nombre de personnes exposées au risque de crise alimentaire (en millions) est représenté pour les périodes 2017-2050 (à gauche) et 2051-2099 (à droite) et pour chacune des quatre trajectoires envisagées (shared socioeconomic pathways, SSP) : SSP1 « Durabilité » ; SSP2 « Dans la continuité » ; SSP3 « Rivalités » ; SSP4 « Inégalités ». L’échelle de couleur varie du violet (faible exposition) au jaune/vert (forte exposition, jusqu’à 10 millions de personnes par cellule de la grille).
À l’horizon 2100, les écarts de sécurité alimentaire deviendraient très marqués entre scénarios, tant par le nombre de personnes touchées que par la fréquence des crises. Dans les trajectoires les plus pessimistes (3 et 4), près de 1,2 milliard de personnes auraient subi au moins une crise alimentaire grave. À l’inverse, l’adoption de politiques climatiques ambitieuses (trajectoire 1) réduirait de 70 % l’exposition aux crises alimentaires, épargnant près de 780 millions d’individus. L’Afrique verrait son exposition aux crises alimentaires diminuer rapidement après 2050, tandis qu’elle stagnerait en Asie, en raison de marges de réduction de l’insécurité alimentaire plus limitées.
Delphine Acloque, Centre d’études et de prospective
Source : Nature – Scientific reports



