Impacts d’une végétalisation de l’alimentation sur le carbone organique des sols à l’horizon 2100

La végétalisation de l’alimentation est un levier reconnu de décarbonation des systèmes alimentaires. En effet, une moindre consommation de produits d’origine animale permet de réduire les cheptels et de diminuer les émissions de méthane. Cependant, les impacts d’une telle transition alimentaire sur les émissions provenant des sols (carbone organique des sols, COS), sont mal connus. D’après un article de modélisation prospective paru dans Global Change Biology en novembre 2025, une végétalisation de l’alimentation en Europe (régime EAT-Lancet) entraînerait des pertes de COS de 14 tCO2e/ha en moyenne dans l’Union européenne d’ici à 2100, et jusqu’à 50 tCO2e/ha dans les régions à forte densité d’élevage (Pays-Bas, Irlande, France, etc.). Ces pertes s’expliquent, entres autres, par une diminution des apports de carbone et d’azote organiques du fumier et par une baisse des surfaces de prairies permanentes. Cependant, le reboisement des surfaces libérées par l’élevage (6 millions d’hectares) et la biomasse produite sur ces terres pourraient compenser ces pertes. Il en résulterait une élimination nette de CO2e et un stockage de carbone supérieur de 75 % à un scénario de référence (figure). Les auteurs concluent que la végétalisation de l’alimentation doit s’accompagner de pratiques de conservation des sols (non-labour, reboisement, etc.) afin d’éviter de potentielles pertes de COS.

Potentiel de stockage de carbone lié au reboisement
Source : Global Change Biology
Lecture : les histogrammes montrent les impacts d’un changement de régime alimentaire seul (« diet », en bleu) et accompagné du reboisement des terres libérées (« diet with afforestation », en vert), comparés à un scénario de référence (« baseline » en orange), d’ici à 2030, 2050 et 2100. Le graphique (c) montre que la biomasse aérienne projetée dans le scénario de reboisement permettrait de stocker 65 tCO2e/ha d’ici à 2100, excédant les pertes de COS liées aux impacts de la végétalisation de l’alimentation.

Marie Martinez, Centre d’études et de prospective

Source : Global Change Biology

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