Soutien à la méthanisation et différenciation des exploitations agricoles en Bretagne
Paru en décembre 2025 dans les Annales de géographie, un article d’I. Réguer et N. Garambois (AgroParisTech) étudie les effets des politiques de soutien à la filière biogaz sur l’agriculture bretonne. La région est passée de 4 unités de méthanisation en 2010 à 190 en 2023 (figure), une progression encouragée par l’évolution des aides publiques. Au début des années 2010, le cadre national privilégiait la cogénération pour diversifier les revenus et chauffer les bâtiments d’élevage. À partir de 2018, l’objectif de souveraineté énergétique a orienté les soutiens vers l’injection de biométhane. Ce tournant imposait des raccordements au réseau gazier et des investissements importants, dépassant souvent les 3 millions d’euros par installation.
Évolution de l’implantation des méthaniseurs en Bretagne (2015-2023)
Source : Annales de géographie
Ce développement n’a pas été uniforme. Les unités en injection se sont concentrées sur les sols à haut potentiel agronomique, favorisant une biomasse abondante. D’un point de vue socio-économique, la méthanisation ne concerne que 1 à 2 % des exploitations, les plus grandes et les mieux dotées en capital (plus de 100 ha et 100 vaches). Les inégalités de revenus se creusent, avec dans certains cas une « captation de richesse » au détriment d’agriculteurs du voisinage. Les auteures donnent l’exemple des plus grandes unités qui, pour assurer la continuité de leur fonctionnement, s’approvisionnent auprès de tiers non-copropriétaires. Ceux-ci fournissent des matières très méthanogènes (notamment des fumiers) contribuant à 30 % de la production de méthane. Pourtant, ils ne perçoivent que 15 à 20 % de la valeur ajoutée nette.
L’installation d’une unité transforme profondément le fonctionnement des fermes. Pour maximiser la collecte des effluents, les éleveurs passent quasi systématiquement au zéro-pâturage dès la mise en service. L’assolement est également modifié. Les surfaces en maïs ensilé augmentent, au détriment des prairies et des céréales. Pour compenser la surcharge de travail, les itinéraires techniques sont simplifiés et l’abandon du labour s’accompagne d’une utilisation accrue des herbicides. Ces effets sociaux et spatiaux ont conduit le Conseil régional de la Bretagne à réorienter ses subventions. Il restreint aujourd’hui ses aides aux études de faisabilité et aux petites unités, préférant subventionner l’installation de nouveaux agriculteurs.
Florent Bidaud, Centre d’études et de prospective
Source : Annales de géographie



