Prospective à l’horizon 2050 de l’économie des zones de montagne en Europe
Un article scientifique paru en janvier 2026 dans Regional Environmental Change présente les résultats d’une prospective participative explorant les futurs probables, d’ici à 2050, des régions de montagne européennes. 22 études de cas ont été menées dans 15 pays, couvrant une grande diversité géographique, des massifs de haute altitude (ex. Alpes, Carpates) aux montagnes littorales ou de basse altitude (ex. Alpes dinariques des Balkans).
L’étude se concentre sur trois ensembles de chaînes de valeur : celles des produits d’origine animale (viande ovine de la Vallée de la Drôme, fromage de la Cordillère centrale du Portugal, miel des Carpates slovaques, etc.), des produits d’origine végétale (farine de châtaigne corse, whisky des highlands écossais, etc.), et des services agroécologiques et touristiques (écotourisme certifié des Carpates en Roumanie, etc.). Lors de trois ateliers participatifs, 8 à 12 représentants des parties prenantes de la région (acteurs publics, producteurs agricoles, industriels, chercheurs, ONG, etc.) ont identifié quatre forces majeures pouvant influencer l’avenir de ces chaînes de valeur : le changement climatique, la démographie, les dynamiques de marché, le tourisme. Sur cette base, quatre scénarios prospectifs ont été construits et discutés dans chaque région (figure).
Quatre scénarios co-construits pour imaginer le futur des Alpes suisses
Source : Regional Environmental Change
Lecture : les ateliers participatifs menés dans les Alpes suisses ont abouti à 4 scénarios : « Tous dans le même bateau » ; « Coopération et diversité » ; « Notre génération avant tout » ; « Notre pays avant tout ». Ceux-ci sont répartis selon deux axes, qui identifient deux incertitudes structurantes : la politique agricole sur l’axe horizontal (logique de maximisation de la production ou de conservation des ressources naturelles) et le rapport à la société sur l’axe vertical (consommation et production responsables vs intérêts nationaux « égoïstes »).
Les scénarios ont été synthétisés selon quatre « archétypes » (figure), qui éclairent les vulnérabilités de chaque territoire et les effets à long terme des trajectoires de développement. L’archétype « économie » se fonde sur une croissance économique durable avec des trajectoires agricoles alliant gains de productivité, compétitivité et agroécologie, comme la « Biovallée » dans la Drôme. L’archétype « connaissance et innovation » mise sur le développement technologique et les savoirs pour surmonter les contraintes montagnardes (ex. adaptation et innovation dans la production de fromage des Apennins centraux en Italie). L’archétype « nature » privilégie la préservation des écosystèmes (ex. culture du caroubier de la montagne crétoise comme levier d’atténuation des changements climatiques et de gestion du paysage). Enfin, l’archétype « niche et diversification » promeut des marchés spécifiques et des activités diversifiées pour accroître les revenus des agriculteurs et leur autonomie (ex. revitalisation des céréales anciennes des Alpes suisses).
Répartition des 22 régions de montagne étudiées selon les quatre archétypes identifiés
Source : Regional Environmental Change
En France, dans la Drôme, l’agriculture biologique et les circuits courts apparaissent comme des leviers de croissance durable face au dépeuplement, tandis qu’en Corse la châtaigne protège les écosystèmes contre les futurs stress climatiques tout en générant des revenus.
Delphine Acloque, Centre d’études et de prospective
Source : Regional Environmental Change




