Modification des régimes alimentaires et besoins en main-d’œuvre à l’horizon 2030
Une équipe de chercheurs britanniques a publié, en octobre 2025, une étude exploratoire mondiale sur les besoins en main-d’œuvre et leur répartition par pays, en 2030, dans le cas où la consommation alimentaire évoluerait vers des régimes plus sains (notamment comportant plus de fruits et légumes frais et moins de viande bovine ou porcine). Au total, en 2030, 383 millions d’équivalents temps plein seraient nécessaires pour la production agricole et la pêche, compte tenu de la démographie et de l’évolution des habitudes alimentaires consécutives à l’urbanisation et à l’augmentation des revenus.
Pour explorer les liens entre régimes alimentaires et main-d’œuvre, les chercheurs calculent les conséquences d’un changement intégral de régime, à l’échelle de chaque pays. Par rapport au statu quo alimentaire, l’accroissement de la part des végétaux (fruits et légumes, légumineuses) conduirait à une diminution de la demande en main-d’œuvre agricole allant de 5 % dans le cas de régimes flexitariens (régime végétarien avec consommation occasionnelle de viande) à 28 % dans le cas d’un régime végan (figure).
Besoins en main-d’œuvre (en équivalent temps plein annuel) par scénario alimentaire en 2030
Source : The Lancet Planetary Health
Lecture : les volumes d’emplois sont calculés sur la base de scénarios de rupture, dans lesquels la population adopte totalement le régime alimentaire étudié, de façon à déterminer l’impact maximal. Cependant, une adoption partielle affecterait les besoins en main-d’œuvre de manière proportionnelle. Enfin, les consommations alimentaires qui en découlent tiennent compte des préférences nationales pour certains types d’aliments (par exemple, le choix d’une céréale spécifique), de la structure démographique et des besoins caloriques de chaque pays.
Les impacts diffèrent selon les pays en fonction des régimes alimentaires, des productions agricoles nationales et des besoins en main-d’œuvre initiaux. Ainsi, l’adoption générale d’un régime flexitarien entraîne des baisses plus fortes de main-d’œuvre dans les pays à revenu élevé (consommant une plus grande proportion d’aliments d’origine animale) que dans les pays à faible revenu (-20 % contre -4 %). De façon générale, les baisses sont plus fortes dans les pays où l’élevage tient une place importante (figure).
Évolution des besoins en main-d’œuvre selon les régimes alimentaires en 2030, relativement au scénario tendanciel (poursuite des régimes actuels)
Source : The Lancet Planetary Health
Muriel Mahé, Centre d’études et de prospective
Source : The Lancet Planetary Health




