Une analyse spatiale de l’agroforesterie dans l’Union européenne

Dans un article publié en juin 2025 dans la revue Agricultural Systems, des chercheurs espagnols s’intéressent à la répartition spatiale et aux dynamiques d’évolution des surfaces agroforestières au sein de l’Union européenne (UE).

Pour ce faire, ils utilisent les données de l’enquête Lucas (Land Use and Coverage Area Frame Survey). Cette enquête documente la couverture du sol et son utilisation sur près d’un million de points répartis sur l’ensemble du territoire de l’UE, avec une maille d’échantillonnage de 2 km². Dans leur analyse, les chercheurs distinguent les surfaces agroforestières « communes » (combinaison au sein d’une même parcelle d’arbres et de cultures ou de pâturages) de celles associées à la présence en bordure de champs de petites formations ligneuses (haies, etc.). L’étendue des systèmes agroforestiers est obtenue en pondérant la superficie de chaque pays de l’UE par la proportion de surfaces agroforestières fournies par l’enquête. Pour l’étude des dynamiques d’évolution, les auteurs se sont focalisés sur un sous-ensemble de près de 100 000 points communs aux millésimes 2012, 2015 et 2022 de l’enquête.

Ces travaux montrent qu’en 2022, l’agroforesterie couvrait environ 410 000 km², soit 10 % de la superficie de l’UE et 25 % de sa surface agricole utilisée (SAU). Les surfaces avec présence de petites formations ligneuses en bordure de champs représentaient les deux tiers de cette superficie. L’Espagne et la France accueillaient respectivement 22 et 20 % de l’ensemble des surfaces agroforestières européennes, principalement sous forme de prairies arborées et pâturées en Espagne (Dehesa), et de prairies bocagères en France.

Entre 2012 et 2022, les surfaces agroforestières ont diminué de 36 % dans l’UE, mais cette baisse ralentit depuis 2015. L’étude détaillée des tendances montre que la réduction des surfaces d’agroforesterie résulte principalement de la destruction du bocage (figure). Ces conversions représentent près des trois quarts des pertes totales de surfaces agroforestières, ce qui suggère que l’intensification des modes de production est l’un des principaux moteurs des évolutions observées.

Évolution des surfaces agroforestières entre 2012 et 2022

Source : Agricultural Systems
Lecture : la gauche du graphique présente la répartition, selon le mode de production (agroforestier ou non) des 100 000 points de l’enquête Lucas en 2012. La partie de droite montre vers quel mode ces mêmes 100 000 points ont évolué entre 2012 et 2022.

Mickaël Hugonnet, Centre d’études et de prospective

Source : Agricultural Systems

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