Dépendance alimentaire dans les Outre-mer, des défis multiples
Les territoires ultramarins français sont très dépendants des importations alimentaires. Un reportage « Grand format » de Franceinfo rappelle, par exemple, que leurs importations représentent 2,2 milliards d’euros par an et que la production des 30 000 exploitations locales ne couvre que 40 % de la consommation. Saint-Pierre-et-Miquelon importe 98 % des produits alimentaires consommés, la Martinique 87 %, Mayotte 65 % et la Guyane 63 %. En Polynésie française, ce niveau atteint 90 %, selon une recherche de l’université Laval (Québec). Dans un article consacré à la Guadeloupe, T. Tassius considère, de façon plus générale, que la dépendance alimentaire est ancienne dans les territoires ultramarins. Les modèles agricoles y ont été historiquement orientés vers les monocultures d’exportation (canne à sucre, banane, ananas), au détriment des cultures locales destinées à nourrir les populations. Dans la troisième partie d’un rapport sur l’impact environnemental de l’alimentation en Outre-mer, l’Agence de la transition écologique (ADEME) dresse un panorama de l’alimentation dans ces territoires et précise que 34 % de leur surface agricole utilisée (SAU) sont consacrés aux cultures d’exportation. Pour chacun de ces territoires, il récapitule les enjeux communs et spécifiques (figure).
Points communs et enjeux spécifiques liés à l’alimentation dans les territoires d’Outre-mer
Source : Ademe
La réduction de la dépendance alimentaire de ces territoires se heurte à plusieurs freins structurels, exposés dans un podcast de l’émission « Grand reportage » sur France Culture. Les aides agricoles (comme le programme Posei) bénéficient majoritairement aux cultures d’exportation intensives, au détriment de la diversification agricole et de l’agriculture vivrière et biologique. L’urbanisation menace les surfaces agricoles alors que l’accès à la terre s’avère être un frein majeur, particulièrement en Polynésie. Un rapport du Réseau action climat explique que ces terres subissent également les effets du changement climatique, tels que l’intensification des cyclones, l’élévation du niveau de la mer (figure), les sécheresses, l’érosion côtière et la dégradation des écosystèmes. Ces phénomènes menacent directement la production agricole locale (salinisation des sols, perte de terres cultivables).
Évaluation des intrusions marines dues au changement climatique, à la Martinique, à l’horizon 2100
Source : Réseau action climat
Enfin, dans un article publié dans la Revue d’économie régionale & urbaine, des chercheurs proposent un tableau de bord de la résilience alimentaire, spécifiquement conçu pour les territoires ultramarins français. Ils en justifient l’intérêt par le fait que les politiques mises en place et les outils de mesure existants ne seraient pas toujours adaptés aux réalités ultramarines, très différentes de celles de la métropole mais aussi très diverses entre elles.
Julie Blanchot, Centre d’études et de prospective




