Deux trajectoires pour l’agriculture biologique européenne d’ici 2030
Dans un article paru en mai 2025 dans la revue Applied Economic Perspectives and Policy, des scientifiques comparent différentes trajectoires permettant d’atteindre l’objectif de 25 % de surface agricole utilisée en agriculture biologique d’ici 2030, à l’échelle de l’Union européenne (UE). Deux scénarios sont présentés. Dans le premier l’objectif doit être atteint par chaque État membre séparément. Dans le second, il s’envisage à l’échelle de l’UE et les enveloppes budgétaires dévolues à chaque pays pour y parvenir sont flexibles. Les auteurs évaluent l’efficacité économique et les impacts environnementaux des deux trajectoires. Pour ce faire, ils mobilisent deux modèles numériques : l’un représente la production agricole à l’échelle de la ferme ; l’autre simule les dynamiques de marché à l’échelle sectorielle.
Atteindre l’objectif de 25 % des surfaces nécessiterait une augmentation du budget dédié à l’agriculture biologique de 5,1 à 8,6 milliards d’euros. Ceci impliquerait aussi, entre autres, une baisse de la production agricole (de -0,3 à -7,7 % selon les produits), une hausse des prix des produits (de +0,2 à +14,4 %, figure) et une détérioration de la balance commerciale de l’UE. Sur le plan environnemental, les émissions de gaz à effet de serre agricole diminueraient de 4 % environ et le surplus d’azote de 10 %.
Implications pour les prix des produits agricoles
Source : Applied Economic Perspectives and Policy
Lecture : la colonne de gauche (EU-Target) correspond au scénario où la cible de 25 % de surface en agriculture biologique est à l’échelle de l’UE, la colonne de droite (MS-Target) à l’échelle de chaque État membre.
Sur le plan économique, il serait moins coûteux de chercher à atteindre l’objectif à l’échelle de l’UE, tout en laissant de la flexibilité sur les objectifs nationaux. Cette solution permettrait en effet de cibler les exploitations les plus grandes et là où les conversions sont les moins coûteuses. Les impacts négatifs sur les prix et la production seraient aussi atténués dans ce scénario.
En revanche, fixer un objectif de 25 % des surfaces en agriculture biologique dans chaque État membre serait moins efficace économiquement, mais générerait des bénéfices environnementaux plus élevés et plus faciles à répartir de manière homogène entre les différentes régions de l’UE (figure).
Impacts environnementaux dans les deux scénarios
Source : Applied Economic Perspectives and Policy
Lecture : les histogrammes représentent les variations relatives (%) par rapport à un scénario contrefactuel pour quatre impacts environnementaux : les émissions de gaz à effet de serre (bleu clair), d’azote (orange), l’érosion des sols (jaune) et l’usage de pesticides (bleu foncé). Le graphique de gauche (EU-Target) correspond au scénario où la cible de 25 % de surface en agriculture biologique est à l’échelle de l’UE, le graphique de droite (MS-Target) à l’échelle de chaque État membre.
Dans leur conclusion, les auteurs soulignent que le choix de l’échelle à laquelle allouer les budgets de soutien à l’agriculture biologique revêt un enjeu stratégique pour l’UE et les États membres, afin de réduire les effets néfastes sur la production et de maximiser les bénéfices environnementaux.
Miguel Rivière, Centre d’études et de prospective




