Rapport annuel mondial sur les crises alimentaires
Le Réseau d’information pour la sécurité alimentaire et le Réseau mondial contre les crises alimentaires (constitué d’organisations des Nations unies et d’autres institutions internationales comme l’Union européenne, l’USAID, etc.), ont publié en mai leur rapport sur les crises alimentaires en 2024 dans le monde. Sur 65 pays confrontés à une situation de crise, 53 sont abordés dans le rapport, les données étant indisponibles ou insuffisantes pour les 12 autres (Venezuela, Corée du Nord, Érythrée, etc.) (figure).
L’« insécurité alimentaire aiguë », qui se traduit par des perturbations dans la disponibilité, l’accès, etc., à l’alimentation, est appréhendée pour chaque pays grâce à un indicateur gradué en 5 niveaux reflétant la sévérité de la situation. L’ampleur de la malnutrition aiguë touchant les enfants de moins de 5 ans et l’étendue des déplacements de populations sont également caractérisées.
Nombre de personnes confrontées à des niveaux élevés d’ « insécurité alimentaire aiguë » (niveau 3 (crise) à 5 (famine)), dans les pays sélectionnés pour le rapport
Source : Global Network Against Food Crisis & Food Security Information Network
En 2024, près de 300 millions de personnes réparties dans les 53 pays étudiés, étaient confrontées à des niveaux élevés d’insécurité alimentaire aiguë (niveau 3 ou plus), un nombre qui n’a cessé de croître depuis 6 ans et qui a quasiment triplé par rapport à 2016. 13,7 millions de personnes supplémentaires ont basculé dans cette situation en un an, avec une détérioration notable dans 19 pays, en particulier au Soudan, au Nigéria et au Myanmar, et une amélioration dans 15 autres, notamment en Afghanistan, au Kenya et en Syrie.
2 millions de personnes sont estimées en situation de famine (niveau 5, le plus élevé). Elles se trouvent essentiellement dans la bande de Gaza (plus d’un million de personnes, soit la moitié de la population), au Soudan (750 000 personnes) mais aussi, dans de moindres proportions, au Soudan du Sud, en Haïti et au Mali. Le franchissement de la situation d’urgence (niveau 4) concerne 35 millions de personnes dans 36 pays, et la situation de crise (niveau 3) 190 millions de personnes dans 40 pays (figure).
Pays ou territoires comprenant plus d’un million de personnes en phase 4 « urgence » (à gauche) et avec le plus grand nombre de personnes en phase 2 (à droite)
Source : Global Network Against Food Crisis & Food Security Information Network
Lecture : le graphique de droite montre que le Soudan compte 25,6 millions de personnes en situation de crise (niveau 3) ou au-delà (4 et 5) (portion d’histogramme blanche avec liseré orange), 15,2 millions de personnes au niveau de 2, de « stress » (portion d’histogramme jaune) et 6,4 millions de personnes au premier niveau (portion d’histogramme blanche avec liseré beige). Parmi les 25,6 millions de soudanais en phase de crise ou au-delà, le graphique de gauche montre que 8,5 millions sont au niveau 4 « d’urgence » et 0,8 million au niveau 5, de famine.
Les causes de ces crises sont en premier lieu les conflits et l’insécurité. Viennent ensuite les événements météorologiques extrêmes – inondations (Myanmar) et sécheresses (Sud de l’Afrique) –, puis les chocs économiques (Syrie, Yémen, etc.). La malnutrition infantile aiguë concerne 37 millions d’enfants, essentiellement dans les pays et les territoires avec les plus hauts niveaux d’insécurité alimentaire.
Face à ces constats, le rapport souligne la nécessité de maintenir les financements du secteur alimentaire humanitaire, alors qu’une baisse pouvant atteindre 45 % est redoutée. Sur 2016-2024, les États-Unis finançaient à eux seuls 50 % de l’aide.
Karine Belna, Centre d’études et de prospective
Source : Global Network Against Food Crisis & Food Security Information Network




