Revenus et trajectoires agricoles en Afrique d’ici 2050 : vers un trop-plein d’agriculteurs ?

Face à l’enthousiasme que suscite une éventuelle « révolution verte » en Afrique, cette note technique de l’AFD, de mars 2017, interroge la « capacité de l’agriculture à faire vivre les producteurs et à répondre à d’autres fonctions » qui lui sont attribuées, notamment en termes d’emplois. Elle analyse des indicateurs dont l’interaction permet de comprendre le changement structurel qui, dans certains pays, a placé l’agriculture dans une situation de convergence de revenus avec les autres secteurs de l’économie. La méthode utilisée projette à l’horizon 2050 les potentialités de croissance de la production par pays (projet GAEZ). La convergence des revenus est abordée à partir du « ratio de revenu du travail (LIR) », qui met en rapport les variables « volume de production », « population » et « prix ». Les pays africains présentent des différences sur le plan agricole. Certains ont déjà entamé un processus de changement structurel classique (réduction simultanée de la part de l’agriculture dans l’emploi et dans la richesse globale), qui les place dans de bonnes conditions d’évolution pour les années à venir. D’autres, à l’inverse, devront engager des politiques volontaristes de soutien à l’agriculture et au revenu.

La variable démographique est déterminante en Afrique, et selon les projections, le sera plus encore à l’horizon 2050. Les auteurs montrent que les systèmes économiques seront insuffisamment développés pour absorber cette croissance de main-d’œuvre potentielle. Le secteur agricole ne pourra pas non plus assumer ce rôle : il devra faire face à une baisse de la surface disponible par travailleur, même en considérant l’incorporation des terres marginales. Pour que l’agriculture puisse être considérée comme une voie d’insertion des jeunes générations, une situation de convergence des revenus entre secteurs économiques devrait être atteinte.

Enfin, à partir d’une modélisation de quatre régimes de développement agricole, et selon des projections à l’horizon 2050, la note met en évidence que 34 pays africains seraient dans une trajectoire « défavorable aux agriculteurs », 9 dans une trajectoire « pouvant favoriser les agriculteurs  » et 10 dans un « changement structurel classique ». Sur le continent, la population active agricole augmenterait de 89 % (97 % pour la région subsaharienne), tandis que l’écart entre le revenu agricole et le revenu non agricole croîtrait.

Trajectoires projetées à l’horizon 2050 pour les pays africains

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Source : AFD

Hugo Berman, Centre d’études et de prospective

Source : AFD

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