Quels seraient les impacts d’un plafonnement de la densité d’animaux d’élevage ?

Dans le numéro de mai 2025 de la revue Agricultural Systems, des chercheurs du Centre commun de recherche de la Commission européenne (Joint Research Centre, JRC, voir un portrait précédent) publient un article consacré aux effets potentiels de l’instauration d’une limite de densité du cheptel en Europe. Une concentration géographique excessive des animaux d’élevage a en effet d’importants impacts environnementaux (excédents d’azote et de phosphore, etc.). Les objectifs européens de réduction de la pollution des sols, de préservation de la biodiversité et de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) ont donc conduit les chercheurs à modéliser les effets d’un plafonnement de la densité du cheptel sur les productions animales européennes.

Faute de pouvoir modéliser un tel plafonnement à l’échelle de l’exploitation, ils recourent à des approches spatiales. Ils utilisent le modèle CAPRI, qui couple un modèle local d’offre, à l’échelle géographique NUTS-2, à un modèle de marché mondial. Deux seuils de densité sont modélisés : 2 UGB/ha (correspondant à la directive Nitrates de 1991) et 1,4 UGB/ha (utilisé dans des mesures agro-environnementales). Appliqués à l’échelle régionale, ces seuils donnent une estimation basse des impacts, tandis qu’utilisés sur une grille spatiale de 10 km de côté, sans réallocation entre zones, ils fournissent une estimation haute. Dans tous les scénarios, l’instauration de ces seuils conduit à une réduction nette du cheptel européen, entre -3,4 % et -15,6 % (figure).

Modélisation de l’évolution du cheptel européen
Source : Agricultural Systems
Lecture : évolution du cheptel animal selon deux scénarios : seuils à 2 UGB/ha (S1) et à 1,4 UGB/ha (S2), et deux échelles spatiales : NUTS-2 (a) et grille de 10 x 10 km (b).

La production de granivores serait plus impactée que celle d’herbivores, du fait de sa concentration géographique actuelle plus forte (figures). La production de céréales diminuerait aussi, du fait d’une baisse de la demande pour l’alimentation animale. Sur l’ensemble de l’Europe, cette mesure permettrait de réduire les excédents d’azote de 4 à 10 %. Dans les régions où les concentrations de nitrates sont les plus élevées, elles pourraient être réduites de moitié. Cette mesure conduirait par ailleurs à une réduction des émissions de GES de 2 à 9 %, en grande partie annulée (compte tenu de l’inélasticité de la demande) par des émissions accrues dans d’autres parties du monde, à régimes alimentaires inchangés.

Modélisation de l’évolution des productions européennes
Source : Agricultural Systems
Lecture : évolution de la production européenne selon deux scénarios : seuils à 2 UGB/ha (S1 en bleu) et à 1,4 UGB/ha (S2 en orange), et deux échelles spatiales d’application : NUTS-2 (a, clair) et 10 x 10 km (b, foncé).

Jean-Noël Depeyrot, Centre d’études et de prospective

Source : Agricultural Systems

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