Utilisation des produits phytosanitaires et équipements de protection individuelle
Paru en avril 2025, un article de la revue Travail humain s’intéresse au port d’équipements de protection individuelle (EPI) en viticulture. S’appuyant sur des enregistrements vidéo (voir le documentaire Rémanences), des entretiens et des séances de brainstorming avec un collectif d’agriculteurs, cette étude de F. Goutille (université Clermont-Auvergne), C. Baudin (Lyon 2) et A. Garrigou (Inserm) prolonge des travaux antérieurs centrés sur les défauts de conception des pulvérisateurs (voir un précédent bulletin).
Le rôle des EPI dans le dispositif de régulation des risques est rappelé. Les autorisations de mise sur le marché des pesticides sont assorties de préconisations d’usage, récapitulées dans une fiche de données de sécurité. Le port de vêtements et de protections (combinaisons, tabliers, masques, etc.) est censé limiter les contacts avec le corps, par la peau et les voies respiratoires. L’homologation de ces EPI est basée sur des tests en laboratoire.
Les activités observées par les ergonomes vont de l’ouverture des sacs au rinçage des bidons, en passant par l’application des produits sur les vignes, pulvérisés depuis un tracteur attelé. Le port des combinaisons et des protections respiratoires, couplé à une activité physique intense (pesée du produit à incorporer, agitation de la bouillie, versement dans la cuve), perturbe la thermorégulation, ce qui peut conduire à des vêtements trempés de sueur, des masques embués, voire des malaises. La pénibilité conduit parfois à retirer l’équipement ou à ne pas l’utiliser comme indiqué. De plus, les mouvements sont restreints et deviennent approximatifs. C’est le cas au moment de l’ouverture des sacs, qui nécessite de forcer, avec des fuites d’aérosols (figure). Les agriculteurs doivent, par leurs gestes, « rendre compatibles » des éléments divers (EPI, produits, agroéquipements) qui n’ont pas été conçus pour « fonctionner ensemble ». Enfin, ces protections gênent la prise d’informations dans l’environnement, comme sentir avec les mains ou voir de près lors du réglage d’un pulvérisateur.
Ouverture d’un sac de produit pour préparer la bouillie à pulvériser

Source : Travail humain
La différence de nature entre les notices d’utilisation basées sur des données objectives, et les savoirs empiriques qui « fondent le métier d’agriculteur », peut engendrer « non-adhésion » et mises en danger. Selon les auteurs, l’application des pesticides est alors vécue sur le registre sacrificiel, le chef d’exploitation se sentant prêt à abîmer sa santé pour protéger le fruit de son travail.
Florent Bidaud, Centre d’études et de prospective
Source : Travail humain


