Travail en abattoir, gestion des émotions et identité professionnelle

 

Le travail en abattoir est réputé pour sa pénibilité physique et mentale. Tuer les animaux requiert de mettre à distance certaines émotions comme la pitié, la culpabilité, le regret ou le dégoût. Dans un article publié en avril 2025, le sociologue M. Sebastian (TU Dortmund) livre une analyse rigoureuse de cette norme professionnelle de « neutralité », sur la base d’entretiens avec des employés de six abattoirs allemands de tailles variables. La division du travail, les cadences rapides et la mise en série sont favorables au détachement. À partir de contre-exemples (comme la vue d’un veau prenant la tétée), l’auteur montre l’importance, en arrière-plan, du « travail sur les émotions ». Différents mécanismes permettent d’éviter les relations directes avec les animaux : se recentrer sur l’activité et passer à autre chose, s’appuyer sur une représentation de l’animal d’élevage comme destiné à être tué, vendu et mangé, etc. Les dispositions au détachement sont souvent contractées de façon précoce, dans le cadre familial. Ces habitudes sont ensuite consolidées par la formation professionnelle.

Source : Agriculture and Human Values     

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