Le non-recours aux systèmes de protection sociale des travailleurs agricoles aux États-Unis
Alors que les rémunérations des salariés en agriculture sont en moyenne plus faibles que celles des salariés des autres secteurs économiques, les programmes subventionnés de protection sociale doivent permettre d’atténuer les inégalités en matière de santé et de revenu. Un article, publié en juin 2026 dans la revue Food Policy, s’est penché sur la participation des travailleurs agricoles étatsuniens aux programmes publics d’aide alimentaire, de couverture santé, d’assurance chômage et de soutien au revenu.
Pour ce faire, trois enquêtes nationales annuelles réalisées sur la période 2000-2022 ont été exploitées. La participation des ménages agricoles éligibles aux différents programmes a d’abord été comparée à celle de l’ensemble des ménages éligibles (figure).
Taux de participation aux programmes de protection sociale (hors aide alimentaire) des salariés agricoles et de l’ensemble de la population, recensés lors des trois enquêtes menées
Source : Food Policy
Lecture : les pourcentages correspondent aux proportions moyennes de ménages considérés comme éligibles, ayant déclaré participer aux programmes de protection sociale entre 2010 et 2022, lors des enquêtes réalisées. L’erreur type, qui rend compte de la dispersion des données, figure entre parenthèses. Les programmes de protection sociale étudiés sont les suivants : couverture maladie (Medicaid) ; assurance-chômage (Unemployment Insurance, UI) ; crédit d’impôt sur le revenu du travail (Earned Income Tax Credit, EITC). Les enquêtes annuelles réalisées sur la période sont l’American Community Survey (ACS), l’équivalent du recensement de la population, réalisée par courrier ou en ligne ; la Current Population Survey – Annual Social and Economic Supplement (CPS-ASEC), conduite par entretien, principale source des statistiques sur la pauvreté aux États-Unis ; la National Agricultural Workers Survey (NAWS), enquête régulière par entretien sur le lieu de travail, auprès des travailleurs agricoles dans les productions végétales.
Selon les auteurs, les taux de non-recours plus faibles observés pour les ménages agricoles doivent être interprétés avec prudence, et reliés aux biais des enquêtes : taux de non-réponses supérieurs dans cette sous-population, plus fréquemment allophone et en situations de précarité liées au statut d’immigrants, etc.
Les auteurs se sont ensuite intéressés à la probabilité pour un travailleur de bénéficier d’un de ces programmes, ainsi qu’à l’évolution de celle-ci dans le temps. Les principaux facteurs explicatifs qu’ils ont identifiés sont : le statut d’immigration, le niveau de maîtrise de la langue anglaise, le sexe (les femmes étant plus actives dans les démarches), l’âge (la participation augmente avec l’âge de l’aîné du ménage) et le niveau d’éducation.
Ils recommandent d’étendre l’éligibilité à ces programmes aux travailleurs sans statut légal, et de renforcer l’information et l’accompagnement dans les langues d’origine. Enfin, ils alertent sur le fait que les méthodes d’enquête influencent les statistiques recueillies, en couvrant plus ou moins bien les populations vulnérables et non anglophones.
Muriel Mahé, Centre d’études et de prospective
Source : Food Policy



