Mesures gouvernementales pour la promotion d’un régime riche en végétaux au Portugal

Un article publié dans Food Policy en juillet 2026 se penche sur les dispositifs publics portugais visant à favoriser une alimentation riche en végétaux. Pour ce faire, les auteurs ont étudié, sur la période 2012-2024, les discours véhiculés par les dispositifs politiques et médiatiques (figure).

Typologie des dispositifs publics en matière de nutrition au Portugal, entre 2012 et 2024
Source : Food Policy
Lecture : cette typologie distingue les dispositifs politiques (législations et plans stratégiques) et les dispositifs médiatiques : guides, labels, canaux de communication et « roue alimentaire » (outil graphique pédagogique sous forme de disque divisé en plusieurs secteurs, utilisé pour illustrer les différentes catégories d’aliments et promouvoir une alimentation saine et équilibrée).

C’est en 2012, avec la création du Programme national de promotion de l’alimentation saine, que le Portugal s’est doté d’une stratégie nutritionnelle et alimentaire globale, plus complète que les plans précédents. À partir de 2015, les politiques nationales ont commencé à promouvoir une alimentation riche en végétaux, pour contrebalancer la hausse de la consommation de viande rouge et de produits ultra-transformés, responsables de maladies comme le diabète de type 2 ou l’obésité. Puis la loi de 2017 a introduit l’option végétarienne dans les écoles, une première en Europe. Pour autant, les discours publics sont devenus plus prudents ensuite : le terme « végétarisme » est resté absent des plans stratégiques et, mentionné explicitement dans les premiers guides, il a été progressivement absorbé dans des notions aux frontières plus larges, telles que les « régimes bas-carbone ».

À l’inverse, les références au « régime méditerranéen » sont nombreuses ; elles ont servi progressivement à légitimer l’adoption d’une alimentation plus végétale. Il est largement reconnu, présenté comme sain par la communauté scientifique et déjà ancré dans l’identité portugaise : jusqu’à la moitié du XXe siècle, la culture culinaire du pays était essentiellement végétale. Les dispositifs politiques et médiatiques arguent donc que la réduction de la consommation de viande rouge n’est pas en rupture avec les habitudes alimentaires, mais un retour à l’héritage national – une manière culturellement acceptable de favoriser les régimes alimentaires riches en végétaux. En complément, les plans stratégiques mentionnent les légumineuses comme un moyen de renforcer l’agriculture, la sécurité alimentaire et la souveraineté alimentaire.

L’article relève certaines faiblesses dans la conception de ces dispositifs publics et médiatiques : le Plan national en faveur des protéines végétales propose des mesures de soutien sans en préciser le financement ou les modalités concrètes. L’organisation des repas végétariens dans les restaurants scolaires est déléguée aux écoles et les contrôles, peu fréquents, ouvrent la voie à une application inégale selon les réticences manifestées localement. Enfin, les auteurs observent, sur les sites internet, des incohérences entre les visuels et les textes de promotion associés. Par exemple, il est écrit que la consommation de produits laitiers doit être « faible à modérée », alors que la roue alimentaire suggère une consommation de deux par jour. La mise en valeur de l’alimentation végétale repose donc sur un discours mouvant, visant à combiner science nutritionnelle, sensibilité culturelle et prudence politique.

Diane Bigot, Centre d’études et de prospective

Source : Food Policy

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