Évaluation des politiques nationales et régionales relatives à l’élevage porcin, en Chine 

Un article paru en janvier 2026 dans la revue Agricultural Systems compare les effets des politiques liées à l’élevage porcin dans trois provinces chinoises. Exploitant les données des abattoirs sur la période 2000-2021, les chercheurs ont étudié l’évolution de la production porcine et sa répartition spatiale. Ils se sont aussi intéressés aux émissions d’azote qui en résultent et à leurs coûts sur le climat, les écosystèmes et la santé humaine, à partir notamment de méthodes d’estimation du consentement à payer.

Fortement encouragée par des subventions nationales à partir de 2007 et par des actions régionales (figure), la production porcine chinoise est passée de 566 millions de têtes en 2007 à 750 millions en 2014. Face aux pollutions, en particulier dans les zones densément peuplées, des mesures environnementales et de planification spatiale ont été mises en œuvre dans les années 2010. Contrôles renforcés, fermetures d’exploitations et délocalisations hors des périphéries urbaines et des zones écologiquement sensibles (captages d’eau, etc.) sont imposés, souvent par le biais d’inspections nationales. Entre 2015 et 2017, 260 000 exploitations porcines ont fermé, dont 90 % dans le Zhejiang. En 2021, la production nationale est descendue à 671 millions d’animaux, le taux d’autosuffisance se maintenant toutefois autour de 100 % (hors période d’épidémie).

Politiques liées à la production porcine au niveau national et dans chacune des trois provinces étudiées
Source : Agricultural Systems

Les auteurs montrent que, dans le Guangdong, le taux d’autosuffisance a été globalement maintenu (52 % en 2021), tandis que la pollution de l’eau était drastiquement réduite (rejets d’azote divisés par trois entre 2010 et 2021) et que les émissions d’ammoniac revenaient à leur niveau de 2000 (après une augmentation de 50 % en 2010) (figure). Les rejets directs dans les rivières ont été interdits et la production a été délocalisée du delta de la rivière Pearl vers des zones moins peuplées. Dans le Zhejiang, les réglementations environnementales strictes ont conduit à une baisse de 67 % des émissions d’azote entre 2010 et 2021, mais en entamant l’autosuffisance, passée de 67 % à 25 % sur la période étudiée. Dans le Hebei, la priorité a été donnée à la stabilité de la production pour alimenter l’agglomération de Pékin, le taux d’autosuffisance s’est maintenu, proche de 150 % sur la période. En contrepartie, les niveaux d’émissions sont restés élevés.

Évolution et répartition spatiale des émissions d’azote provenant de la production porcine
Source : Agricultural Systems
Lecture : il convient de noter que les 2 graphiques en bas à droite (Zhejiang et Hebei) ont été inversés dans la publication source.

Pour ce qui est des coûts socio-économiques, ils décroissent uniquement dans le Zhejiang (revenant à 150 millions de dollars). Dans le Guangdong, même si les coûts liés à la santé humaine diminuent (à 410 millions), ceux liés aux écosystèmes augmentent de plus de 50 %, en lien avec les excès d’azote dans les nouvelles zones de production. Dans le Hebei, tous les coûts socio-économiques croissent, atteignant 470 millions (santé humaine) et 580 millions de dollars (écosystèmes), en 2021.

Karine Belna, Centre d’études et de prospective

Source : Agricultural Systems

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