Développement de la féverole et des légumineuses en Europe

Paru en février 2026, un rapport de The Protein Project propose une « feuille de route » pour accélérer le développement de la féverole en Europe et, plus largement, des légumineuses à graines.

Malgré son intérêt agronomique (fixation de l’azote atmosphérique, haute teneur en protéines, réduction des émissions de méthane du bétail), la féverole reste une culture marginale (voir un précédent billet) (figure). 85 % des volumes sont orientés vers l’alimentation animale alors que les préconisations nutritionnelles encouragent une hausse de la consommation humaine.

Production annuelle de féverole en Europe (2024)
Source : The Protein Project

La filière souffre d’un sous-investissement en sélection variétale, de la variabilité des rendements, d’un manque d’infrastructures de transformation et d’une demande encore faible. Six portraits présentent diverses situations : micro-ferme vendant des fèves fraîches en circuit court, élevages et grandes structures céréalières, en bio comme en conventionnel, etc. On y voit, selon les cas, l’intérêt des légumineuses dans les rotations ou comme culture associée, la transformation à la ferme, ou encore le besoin d’équipements de tri, séchage, stockage et décorticage. Plusieurs exemples soulignent que l’accès aux marchés de l’alimentation humaine suppose des investissements importants, y compris pour mettre en place des standards de qualité.

Sur cette base, le rapport liste une dizaine d’enjeux pour la chaîne de valeur, de l’amont à l’aval : progrès variétal et protection des cultures, sécurisation du revenu et gestion du risque pour les agriculteurs, infrastructures de transformation, organisation des marchés, incorporation dans les produits alimentaires et adoption par les consommateurs, etc. Ces différents aspects sont interdépendants, et le rapport plaide pour mieux structurer l’offre de légumineuses et renforcer les partenariats privés (entre sélectionneurs, metteurs en marché, transformateurs). Il préconise aussi de mobiliser différents leviers de politique publique : aides couplées de la PAC, paiements pour services environnementaux ou aides à la transition, instruments en faveur de l’innovation, commande publique, politiques alimentaires, etc. Enfin, sous réserve que les verrous actuels soient tous levés, il envisage une montée en puissance de la filière féverole d’ici à 2040, avec pour cible un doublement des volumes produits et consommés, et il insiste sur sa contribution potentielle à l’autonomie protéique de l’Europe (réduction des importations, économies en matière de santé publique, réduction de l’utilisation d’engrais).

Florent Bidaud, Centre d’études et de prospective

Source : The Protein Project

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