Les saisonniers marocains, travailleurs essentiels pour la clémentine de Corse

Dans la plaine orientale de Corse, autour d’Aléria, la récolte des clémentines labellisées repose depuis les années 1950 sur une main-d’œuvre marocaine fidélisée. Paru en octobre 2025 dans Espaces et sociétés, un article de B. Mésini (CNRS) et J. Milazzo (Aix-Marseille université) montre comment une filière emblématique s’est construite sur une dépendance durable à des travailleurs étrangers qualifiés et encadrés. Le recrutement s’ancre dans une histoire partagée, puisque des familles corses installées au Maroc, durant la période coloniale, ont fait venir leurs anciens ouvriers à leur retour sur l’île. Près de 1 200 saisonniers marocains sont aujourd’hui employés chaque année, représentant jusqu’à 90 % de la main-d’œuvre, au moment de la récolte. Recherchés pour leur technicité – une taille mal faite pouvant compromettre la récolte suivante – ils sont considérés comme très fiables et plus compétents pour ce type de tâches que les Polonais. Face à un déficit structurel de main-d’œuvre locale, les autorités ont instauré des dérogations successives au droit commun : contrats spécifiques dans les années 1980, autorisations temporaires de séjour, puis recrutement nominatif à partir de 2007 pour éviter les « non-retours ». En 2020, un pont aérien avait même permis d’acheminer près de 900 travailleurs depuis Casablanca, malgré la fermeture des frontières.

Source : Espaces et sociétés

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