Viticulture : des femmes cheffes d’exploitation dans un métier majoritairement masculin
Un article publié dans Travail, genre et sociétés, en avril 2025, s’intéresse aux femmes cheffes d’exploitation dans la filière viticole française. Une cinquantaine d’entretiens ont été réalisés auprès de vigneronnes et vignerons en Champagne. Dans un premier temps, l’auteure montre que l’accès au métier, très conditionné par l’héritage familial en raison du prix élevé du foncier, reste inégalitaire au détriment des femmes. Elle décrit ensuite la division genrée des tâches sur les exploitations, les activités techniques et physiques demeurant majoritairement masculines.
Le bassin viticole de Champagne a pourtant pour particularité de compter la plus grande proportion de femmes cheffes d’exploitation. Malgré cette féminisation, la transmission des exploitations demeure inégalitaire : les femmes se voient parfois privées d’héritage au profit d’un frère ou d’un neveu, ou elles reçoivent des parcelles de moindre taille ou moins faciles d’accès que celles cédées aux héritiers masculins. Conscientes de ces difficultés, une partie des vigneronnes cherchent à protéger leur héritage, par exemple en refusant de fusionner leur patrimoine avec leurs conjoints, afin que les biens soient transmis avec certitude à leur descendance et non pas à leur belle-famille.
L’auteure étudie ensuite l’exercice genré du métier. Certaines tâches très valorisées (vinification) ou jugées dangereuses (traitement des vignes) sont rarement effectuées par les vigneronnes (figure). Cette division du travail est plus marquée pour les femmes travaillant en couple sur l’exploitation, ce qui est le cas de l’ensemble des femmes les plus âgées enquêtées. Celles-ci justifient cette répartition en invoquant des aptitudes féminines supérieures pour les tâches administratives ou les relations à la clientèle. Les générations les plus jeunes et les plus diplômées revendiquent, elles, un accès à une plus grande diversité de tâches, comme la vinification et la commercialisation.
Organisation des tâches de production selon le genre et la configuration familiale
Source : Travail, genre et sociétés
L’article s’intéresse aussi à l’influence de la féminisation sur les pratiques liées à la santé au travail. La situation sanitaire du secteur viticole est en effet jugée préoccupante par la Mutualité sociale agricole (MSA), en particulier pour les troubles musculo-squelettiques et l’exposition aux produits phytosanitaires. Une implication féminine accrue pourrait conduire à davantage de vigilance en matière de protection de la santé, ce qui est aujourd’hui peu observé dans ce secteur à dominante masculine.
Charlotte Bouchard, Centre d’études et de prospective (stagiaire)
Source : Travail, genre et sociétés



