Prospective sur les antibiotiques en élevage d’ici 2040
Un article paru en avril 2025 dans Nature Communications anticipe le potentiel de réduction des antibiotiques en élevage d’ici 2040, selon différents scénarios. De nombreux pays se sont engagés à diminuer l’emploi des antimicrobiens mais l’augmentation du nombre de têtes de bétail (biomasse animale, BA), liée à la croissance démographique, à la hausse des revenus et au développement de la consommation de produits animaux, rendra cet objectif difficile à atteindre.
Les auteurs estiment la BA rétrospectivement pour 2019, année de référence utilisée, et prospectivement jusqu’en 2040. Ils en déduisent que 110 000 t d’antibiotiques auraient été utilisées en 2019 et, si les tendances actuelles se poursuivent, que 143 000 t le seraient en 2040 (29,5 % d’augmentation).
L’étude s’intéresse ensuite aux quantités totales d’antimicrobiens utilisées, selon huit scénarios qui combinent diverses hypothèses de réduction de l’usage des antibiotiques et de variations des cheptels (figure). Dans les deux premiers scénarios, l’évolution tendancielle de l’utilisation d’antibiotiques est maintenue, mais avec une BA plus élevée (S1) ou plus basse (S2) que dans la trajectoire de référence. S3, S4 et S5 sont des projections où l’intensité d’usage d’antimicrobiens est réduite de 30 %, avec une BA respectivement plus élevée, tendancielle ou plus faible. Le même principe est utilisé pour les trois dernières trajectoires, avec une baisse de l’intensité d’usage des antibiotiques de 50 % (S6, S7 et S8).
Quantité d’antibiotiques utilisée jusqu’en 2040, selon divers scénarios
Source : Nature Communications
Lecture : AMUQ : quantité d’antibiotiques utilisés ; BAU : évolution tendancielle de l’utilisation d’antibiotiques suivant une évolution tendancielle de la biomasse animale.
Les auteurs estiment que l’utilisation d’antibiotiques augmenterait de 14,2 % par rapport à la projection tendancielle dans le scénario S1, et qu’elle baisserait dans les autres, de 13,6 % (S2) à 56,8 % (S8). Les disparités régionales seraient notables : l’Asie resterait d’ici 2040 le plus grand utilisateur d’antibiotiques, suivie de l’Afrique, alors que l’Europe et l’Amérique du Nord verraient leur consommation diminuer par rapport à la projection tendancielle, du fait d’une croissance démographique faible et d’une réglementation plus stricte.
Les auteurs concluent qu’une réduction significative des quantités d’antibiotiques utilisés nécessite d’agir à la fois sur la BA et sur leur usage zootechnique, en tant que facteur de croissance. Le maintien des performances des productions animales passera demain par l’amélioration des pratiques d’élevage (afin d’augmenter la productivité par animal), plutôt que par l’augmentation de la taille des cheptels.
Franck Bourdy, Centre d’études et de prospective
Source : Nature Communications



