FOCUS : DÉCARBONATION DES SYSTÈMES AGRICOLES ET ALIMENTAIRES
La réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) des secteurs agricole et alimentaire concerne l’ensemble des chaînes de valeur. Dans un article paru en janvier 2025, des chercheurs du Joint Research Centre de l’Union européenne (UE) ont proposé un cadre intégré pour suivre la durabilité des systèmes alimentaires, synthétisant 250 indicateurs climatiques, environnementaux, économiques et sociaux, de l’amont agricole jusqu’aux déchets alimentaires (émissions de GES, pertes et gaspillages, etc.). Adoptant une approche plus ciblée, l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) a quant à elle identifié, dans un rapport publié en février 2025, huit conditions nécessaires pour mesurer l’empreinte carbone des produits alimentaires de manière fiable (existence de normes, outils de calcul des émissions, etc.).
En ce qui concerne l’aval de la production, alors que 78 % des ventes de produits alimentaires consommés à domicile s’effectuent en grandes surfaces, une évaluation du Réseau action climat, publiée en mai 2025, pointe l’absence d’évolution des pratiques commerciales de huit enseignes, où la viande et les produits carnés ultra-transformés restent surreprésentés (figure). Un benchmark européen montre que les distributeurs allemands, britanniques et néerlandais ont une plus grande ambition climatique (ex. offre de protéines végétales), poussés par des lois et stratégies gouvernementales plus ambitieuses. Dans un rapport de mars 2025, l’ONG Changing Markets Foundation indique que parmi les 20 principaux distributeurs européens et étasuniens, aucun ne communique sur ses émissions indirectes (ex. méthane), qui représentent pourtant plus de 90 % des émissions du secteur de la distribution, si l’on comptabilise l’ensemble des émissions directes et indirectes (liées à l’amont agricole), selon une approche « scope 3 ».
Évaluation des actions de la grande distribution en faveur d’une alimentation durable
Source : Réseau action climat
Lecture : la grille d’évaluation est basée sur une quarantaine d’indicateurs regroupés en 3 catégories : transparence de l’enseigne ; engagements et plans d’action ; promotion d’une alimentation durable. Les enseignes se voient attribuer des points pour chaque indicateur, à partir de données récoltées par les auteurs (ex. catalogues de promotions). La grille permet de calculer une note globale sur 110 points. Celle présentée ci-dessus mentionne seulement les indicateurs de la 3e catégorie « promotion d’une alimentation durable ».
L’évolution des habitudes alimentaires est une autre condition essentielle d’une transition systémique. Dans une note de janvier 2025, l’Institute for European Environmental Policy (IEEP) rappelle qu’une végétalisation de l’alimentation est nécessaire pour répondre aux défis climatiques et environnementaux, mais aussi sanitaires et économiques. Il recommande de renforcer les politiques alimentaires de l’UE par des outils réglementaires (marchés publics, etc.), fiscaux (taxes, subventions, etc.) et informationnels (étiquetage alimentaire, etc.). Enfin, le think tank allemand Agora Agriculture et l’IDDRI parviennent aux mêmes conclusions, dans une publication de mai 2025, qui met en avant des initiatives positives en matière d’alimentation durable à travers l’Europe (figure). Ils soulignent l’importance d’agir sur les « environnements alimentaires » (prix, disponibilité, attrait, etc.) plutôt que sur la responsabilité individuelle des consommateurs.
Études de cas en Europe visant la construction d’environnements alimentaires équitables
Source : Agora Agriculture et IDDRI
Marie Martinez, Centre d’études et de prospective




