FOCUS : L’INTENSIFICATION DES FEUX DE FORÊTS : QUE SE PASSE-T-IL À L’ÉTRANGER ?

Le changement climatique provoque une intensification des perturbations naturelles en forêt, notamment des incendies. De nombreuses régions du monde sont confrontées à ce défi.
En Californie, les feux de forêt causent environ 100 milliards de dollars de dégâts chaque année. La bonne gestion du combustible (ex. végétation de sous-étage, bois mort) permet d’atténuer ce risque. Une étude récente, publiée dans Environmental Research Letters, estime qu’une campagne annuelle de réduction du combustible sur 650 000 ha, soit 60 % de plus que l’objectif actuel de l’État californien, permettrait de réduire de 12 % le risque d’incendies. Une autre publication, de Ressources for the Future, a chiffré à 1 425 € et 420 € les coûts à l’hectare, respectivement du traitement mécanique et du brûlage dirigé, deux méthodes permettant de diminuer la charge en combustible. De son côté, Global Change Biology a publié un article qui analyse, dans les États du Sud-Ouest américain, le phénomène des « mégafeux », dont l’importance est grandissante. Les auteurs démontrent que leur sévérité est significativement supérieure à celle des incendies classiques, et qu’ils homogénéisent le paysage sur de grandes distances (figure).

Sévérité et impacts paysagers des mégafeux
Source : Global Change Biology
Lecture : Les deux graphiques comparent la sévérité des incendies classiques (bleu ciel) à celle des mégafeux (bleu foncé), définis comme touchant plus de 4 900 ha par jour pendant au moins une journée. Les zones à sévérité élevée sont plus étendues pour les mégafeux. Cette observation se vérifie que l’on s’intéresse à la surface totale de la zone « cœur » des incendies (bas) ou à la surface moyenne des zones à sévérité élevée (haut).

 Avec des températures dépassant les 40 °C pour la première fois, le Royaume-Uni a été touché en 2022 par des incendies particulièrement intenses. Une modélisation publiée dans Environmental Research Letters a estimé que les émissions de gaz à effet de serre dues à l’activité humaine étaient responsables, cette année-là, d’une multiplication par six du danger de feu.

Au Portugal, l’été 2017 a été particulièrement critique et les pompiers ont été fortement mobilisés. Une enquête, publiée dans Forest Policy and Economics, révèle que ces professionnels souhaiteraient renforcer le système de lutte actuel, notamment en augmentant les ressources humaines, techniques et financières allouées. Les auteurs soulignent que cette insistance sur la lutte rend peu visibles d’autres solutions, telles que la sensibilisation du public ou l’aménagement du territoire (ex. présence d’accès pompiers, de coupe-feux).

Enfin, les forêts tempérées d’Europe centrale sont également concernées par les incendies, même si elles sont moins étudiées. Un article paru dans Forest Ecology and Management dresse un bilan des impacts des incendies sur divers processus écologiques (sols, microclimat, régénération, etc.) dans cette région (figure).

Exemples de sites brûlés en Europe centrale
Source : Forest Ecology and Management
Lecture : de gauche à droite, forêts de hêtres, de pins sylvestres et d’épicéas communs.

 

Miguel Rivière, Centre d’études et de prospective

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