Trois scénarios pour le secteur forêt-bois d’ici 2100

La forêt française est vulnérable aux impacts du changement climatique. Son puits de carbone et sa biodiversité de dégradent. Face à ces constats, WWF a publié en mars 2025 une prospective sur leurs évolutions jusqu’à la fin du siècle. Avec ce document, qui propose trois scénarios contrastés, l’ONG cherche à nourrir le débat public et à identifier les conditions de réalisation d’un futur souhaitable. Alors que d’autres prospectives récentes se concentrent sur des aspects biophysiques ou économiques, WWF met en avant les questions de gouvernance et les fonctions sociales des forêts.

Le scénario « tendanciel » suppose la poursuite des modes de gestion actuels. Les investissements dans la filière forêt-bois sont limités et les impacts du changement climatique s’aggravent. Ils entraînent un dépérissement prononcé des arbres et une baisse de la productivité. Dans ce contexte, la filière se spécialise et la diversité des essences se réduit, tandis que les conflits avec la société civile se multiplient. La filière bois reste peu structurée à l’aval et la gouvernance du secteur continue à se situer à l’échelon national (figure).

Dans le scénario de « rationalisation économique », la gestion forestière se spécialise et s’intensifie, notamment dans les régions les plus productives. La diversité des essences s’y réduit et la sylviculture favorise les cycles de culture courts. Ces pratiques renforcent la vulnérabilité des parcelles aux aléas climatiques. On observe une concentration des activités autour de grands acteurs privés, tandis que les soutiens publics à la filière diminuent. Des entreprises compétitives à l’international voient le jour, les petits propriétaires privés et les entreprises de travaux forestiers se désengagent. Le lien entre la forêt et les citoyens se rompt.

Enfin, le scénario de « planification territoriale » met en scène une mobilisation collective autour du devenir des forêts. La politique forestière, longtemps centralisée, se déplace vers l’échelon territorial, où s’instaure une gouvernance multi-acteurs centrée sur la multifonctionnalité des forêts. L’État et les collectivités allouent des moyens importants aux pratiques favorisant la diversification des essences, la préservation des écosystèmes et l’adaptation au changement climatique. La place des propriétaires forestiers comme acteurs de l’avenir des forêts est accrue, et ils se mobilisent fortement.

Évolution qualitative de certaines variables dans les trois scénarios prospectifs

Source : WWF

Miguel Rivière, Centre d’études et de prospective

Source : WWF

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