L’International Food Policy Research Institute (IFPRI)
L’IFPRI est l’un des quinze centres de recherche du CGIAR (Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale), qui est un partenariat mondial permettant aux gouvernements nationaux, aux agences multilatérales bancaires et de développement, et à des fondations privées, de financer des recherches dans les domaines de l’agriculture et de l’alimentation (budget annuel de 900 millions de dollars, 9 000 employés). Créé en 1975 et situé aux États-Unis, l’IFPRI explore les solutions politiques pour réduire durablement la pauvreté, et enrayer la faim et la malnutrition dans les pays en développement (figure). 600 personnes y travaillent, réparties dans plus de 80 pays.
Domaines d’intervention de l’IFPRI
Source : IFPRI
Ses publications sont de natures variées : rapports, articles de revues scientifiques, notes de position, billets de blog, etc. Il a par exemple réalisé en 2024-2025 des analyses dans 11 pays d’Afrique, d’Asie et d’Océanie sur la vulnérabilité de leurs économies et de leurs populations aux chocs des marchés mondiaux et de leurs productions domestiques.
Début 2025, il a consacré plusieurs publications au commerce international. Un billet de blog se penche par exemple sur les principaux facteurs expliquant le prix élevé des engrais phosphatés. Il aborde aussi les risques d’insécurité alimentaire associés. Alors que le prix des engrais azotés est redescendu à une fois et demi son niveau d’avant le covid et la guerre en Ukraine, après avoir plus que doublé en 2022, ce n’est pas le cas de celui des phosphates : il reste deux fois supérieur à son niveau de 2020 (figure).
Évolution du prix des engrais (urée, phosphate de diammonium (DAP) et potasse) entre 2019 et 2025 (en dollars par tonne)
Source : IFPRI
Le marché est concentré sur un petit nombre de pays possédant des roches phosphatées, principalement la Chine, les États-Unis, le Maroc et la Russie. La moitié de la production mondiale est exportée, essentiellement par les principaux pays producteurs, à l’exception des États-Unis et der l’Arabie saoudite. La raison majeure avancée pour expliquer la persistance de prix élevés est la politique de restriction des exportations adoptée par la Chine en 2021, afin de privilégier son marché intérieur. Elles ont baissé d’un tiers et n’ont pas été compensées, sur le marché mondial, par la hausse des exportations marocaines. D’après les auteurs, le problème d’approvisionnement en engrais phosphatés serait l’un des facteurs à l’origine des importantes manifestations de 2024 en Inde.
S’appuyant sur les enseignements tirés de la précédente « guerre commerciale » des États-Unis (2018-2019), un rapport aborde quant à lui la vulnérabilité de l’agriculture américaine suite aux droits de douane décidés en mars par l’administration du président Trump et aux mesures de rétorsions risquant d’être prises en réponse. Les moindres exportations américaines pourraient, à court terme, être compensées par des programmes gouvernementaux d’aides publiques. Mais il est à craindre, sur le long terme, que les pays importateurs de matières premières américaines se tournent vers d’autres fournisseurs, comme ce fut le cas de la Chine pour ses importations de soja, reportées vers le Brésil.
Karine Belna, Centre d’études et de prospective
Source : International Food Policy Research Institute (IFPRI)





