L’Inde déficitaire en aliments du bétail à partir de 2030

Dans un rapport publié en mars 2025, le département de recherche économique du ministère de l’Agriculture des États-Unis (ERS-USDA) anticipe une hausse des importations indiennes d’aliments du bétail d’ici 2050. Elle serait consécutive à l’augmentation de la demande indienne en viandes, œufs, poissons et produits laitiers. Les auteurs identifient plusieurs causes de cette augmentation (figure) : démographie, croissance économique et élévation des revenus, urbanisation, préférences alimentaires, surfaces et rendements en céréales et oléagineux, gains de productivité avec ou sans adoption de semences génétiquement modifiées, stockage, etc.

Cadre d’analyse pour estimer la demande future d’aliments du bétail en Inde

Source : ERS-USDA

La consommation de produits animaux par habitant a fortement augmenté au cours des dernières décennies, passant de 46 kg/hab/an au début des années 1960 à 83 kg/hab/an en 2020 (contre 143 kg/hab/an en moyenne mondiale). Cette croissance s’accompagne d’une évolution de la répartition entre types de produits. Les produits laitiers restent prépondérants (80 %) mais la consommation de poissons, volailles et œufs a beaucoup progressé. La production nationale est parvenue à couvrir la hausse de la demande, malgré une productivité inférieure à celle d’autres grands pays producteurs. L’Inde est d’ailleurs devenue un exportateur majeur de viande de buffle. En ce qui concerne les matières premières pour l’alimentation animale (maïs, blé et tourteau de soja), le pays n’est en revanche pas complètement autosuffisant (90 %).

Selon les projections basées sur différents scénarios de croissance des revenus et des rendements agricoles, la demande en produits animaux et en aliments du bétail augmenterait plus rapidement que l’offre nationale. Par exemple, les besoins en maïs et tourteau de soja pourraient être multipliés par 3 à 5 d’ici 2050, nécessitant une hausse des importations dès le début de la décennie 2030 (figure). L’adoption de semences génétiquement modifiées compenserait en partie le déficit, en accélérant la hausse des rendements en maïs et soja, mais cela nécessiterait une évolution radicale de la politique indienne en la matière. Les auteurs concluent que cette dépendance accrue sera très influencée par les orientations politiques de l’Inde en matière d’importation et d’utilisation des biotechnologies.

Projections à 2050 d’importations de maïs et de tourteau de soja selon différents scénarios de croissance économique et de politique en matière d’OGM
Source : ERS-USDA
Lecture : les auteurs analysent quatre scénarios combinant deux niveaux de croissance des revenus (rapide ou moyen) et l’accès ou pas à des semences génétiquement modifiées (notées GE).

Muriel Mahé, Centre d’études et de prospective

Source : ERS – USDA

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