Inde : productivité du travail des femmes en agriculture
Dans son numéro de mars 2025, l’American Journal of Agricultural Economics consacre un article aux conséquences des inégalités de genre dans le travail agricole en Inde. Des études antérieures ont noté des écarts de productivité du travail, au préjudice des femmes, liés entre autres à un accès plus difficile aux terres et aux intrants. Ces études portaient pour l’essentiel sur l’Afrique de l’Ouest, où hommes et femmes gèrent souvent des parcelles séparées, consacrées à des cultures différentes (vivrières ou de rente). Dans le nord-est de l’Inde (État du Bihar), les hommes et les femmes travaillent sur les mêmes parcelles rizicoles. Sous la supervision des hommes (98 % des cas analysés), les femmes mènent le repiquage, le désherbage et la récolte du riz. Dans ce contexte, les chercheurs ont analysé la productivité du travail des femmes, en comparant travail familial et travail salarié.
Dans 27 villages, ils ont collecté des informations socio-démographiques (âge, niveau d’éducation, niveau de vie, caste) sur l’organisation du travail, sur les pratiques et les résultats agricoles à l’échelle des parcelles (1 489), auprès de 965 ménages agricoles (dont 681 produisant du riz). Ils ont ensuite modélisé le rendement en riz en fonction des caractéristiques de la parcelle, des intrants, d’effets fixes liés au village, des attributs des ménages et du recours à la main-d’œuvre féminine : familiale, salariée ou les deux. Deux méthodes d’apprentissage automatique (machine learning) ont permis de corriger des biais et de renforcer la robustesse de l’analyse.
Celle-ci fait ressortir des écarts significatifs et importants : les ménages utilisant uniquement de la main-d’œuvre féminine familiale ont une productivité agricole inférieure à ceux qui, en parallèle, embauchent des salariées (écart de 18 %) et à ceux qui recourent à de la main-d’œuvre féminine exclusivement salariée (37 %). Le travail familial « gratuit » se révèle finalement moins rentable que l’embauche de salariées, plus expérimentées et qui sont montées en compétences au contact d’autre cultivatrices, en particulier sur les tâches les plus techniques. D’ailleurs les exploitantes familiales qui travaillent aussi à l’extérieur ont une productivité aussi élevée que les salariées.
Jean-Noël Depeyrot, Centre d’études et de prospective



