Système alimentaire mondial : des émissions de GES nettes négatives grâce aux technologies intelligentes

Le système alimentaire est responsable de près d’un tiers des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) et, selon les estimations, cette part atteindrait 50 à 80 % en 2050. Dans un article publié en septembre 2023, des chercheurs se sont intéressés aux changements à opérer pour non seulement réduire mais aussi atteindre des émissions nettes négatives d’ici 2050.

Différents scénarios ont été projetés avec le modèle « IMPACT », afin de quantifier les effets propres ou combinés de plusieurs leviers sur les émissions de GES : évolution des régimes alimentaires, réduction du gaspillage, niveaux d’adoption de techniques de production agricoles dites « intelligentes » face au climat. Les écarts sont mesurés par rapport à un scénario de référence, prolongeant les tendances actuelles et prévoyant une augmentation de 75 % des émissions entre 2010 et 2050, de 10,5 à 18,4 milliards de tonnes de CO2e/an.

Un premier scénario est basé sur le régime flexitarien préconisé en 2019 par la commission EAT-Lancet. Son adoption par l’ensemble de la population réduirait les émissions de 8,2 milliards de tonnes de CO2e/an, mais ne serait pas suffisant pour atteindre un bilan négatif net.

Le scénario basé sur l’adoption de technologies agricoles intelligentes face au climat permet, quant à lui d’atteindre, cet objectif. Une dizaine de technologies et pratiques ont été modélisées et classées en deux catégories. La première favorise la réduction des émissions (méthanisation, additifs alimentaires à base d’algues permettant de limiter la fermentation entérique, biocharbon, etc.), la deuxième permet de séquestrer ou de capter le carbone (compostage, utilisation d’amendements issus de poudres de roche, etc.). Plusieurs simulations selon les niveaux d’adoption ont été réalisées (figure). L’adoption généralisée de l’ensemble de ces technologies conduirait le système alimentaire à capter plus de carbone qu’il n’en émet.

Enfin, en guise de scénario idéal, les auteurs ont combiné les différents leviers de changement (adoption mondiale d’un régime flexitarien, généralisation de ces technologies, réduction de moitié des pertes et gaspillages), pour atteindre 33 milliards de tonnes d’émissions négatives nettes par an.

Réduction des émissions (a) et séquestrations (b) du carbone selon les technologies et leur niveau d’adoption

Source : PLOS Climate
Lecture : en abscisse et de gauche à droite, en a), réduction du chalutage (pêche au filet), méthanisation, engrais décarbonés obtenus par le procédé Haber-Bosch, réduction de la fermentation entérique du bétail par une stratégie fourragère ou par des additifs alimentaires à base d’algues, biocharbon. En b) : compost, biocharbon, amendement des sols (poudre de roche), agroforesterie, culture d’algues marines. Les trois derniers items sont communs aux deux graphiques : ensemble des technologies ; régime alimentaire flexitarien ; réduction de moitié des pertes et gaspillages.

Jérôme Lerbourg, Centre d’études et de prospective

Source : PLOS Climate

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