Prospective à 2050 sur la transition écologique des filières d’élevage en Belgique
Une étude parue en février 2026 dans npj Sustainable Agriculture décrit quatre scénarios prospectifs vers un élevage plus durable en Belgique. En Flandre, l’élevage intensif, en particulier pour les porcs et les volailles, engendre une forte pollution azotée et d’importantes émissions de gaz à effet de serre. En Wallonie, l’élevage est plus extensif, en particulier en bovins.
Les auteurs emploient un modèle biophysique pour réaliser des simulations. Ils calculent un ensemble d’indicateurs alimentaires, environnementaux et socio-économiques, pour différentes combinaisons de facteurs de production (ex. terres agricoles, populations animales), de systèmes agricoles (ex. agriculture biologique) et d’autres variables (ex. rendements, régimes alimentaires) (figure).
Structure générale du modèle
Source : Npj Sustainable Agriculture
Les quatre scénarios, faisant varier l’intensivité des pratiques d’élevage, sont simulés jusqu’en 2050 et comparés à une situation de référence (2018-2022). Le premier scénario prolonge les tendances actuelles (réduction du cheptel porcin, habitudes alimentaires stables, etc.). Le scénario T1 (land sparing) réserve 20 % des terres agricoles à la conservation de la biodiversité. Dans le scénario T2 (land sharing), les systèmes extensifs prédominent. Ils utilisent des sources locales de protéines pour nourrir les animaux qu’ils laissent au pâturage et la consommation humaine suit les recommandations alimentaires belges (Food based dietary guidelines). Enfin, le scénario T3 (radical) promeut une transition vers des systèmes biologiques. L’alimentation animale y utilise uniquement des coproduits de l’agriculture et la consommation humaine de viande est réduite à environ 40 g/jour (contre 140 g/jour actuellement).
Dans tous les scénarios (figure), les cheptels diminuent : de -6 % dans le scénario tendanciel à -32 % dans le scénario T3, pour les ruminants. La production de viande suit une évolution similaire, variant de -10 % à -84 % dans les mêmes scénarios, tandis que la production laitière ne diminue qu’en cas de land sparing (-25 %). La demande en concentré pour l’alimentation animale est également réduite, de -14 % à -79 %. Les émissions de gaz à effet de serre baissent au fur et à mesure que l’intensivité des pratiques se résorbe, de -11 % (T1) à -54 % (T3).
Évolution des facteurs de production agricole dans les quatre scénarios, par rapport à la situation de référence (2018-2022)
Source : npj Sustainable Agriculture
Cette étude, qui compare différentes trajectoires, met en évidence la nécessité de faire des arbitrages entre la place accordée aux pratiques extensives, l’alimentation animale et la biodiversité. Par exemple, le scénario T3, dont l’impact écologique est le plus faible, demanderait d’importants efforts de réduction de la consommation de produits animaux, tandis que mettre des terres en réserve (scénario T1) pour la biodiversité obligerait à augmenter la productivité de l’élevage. Par ailleurs, un recours plus important au système herbager pour les ruminants (T2, land sharing) permettrait de réduire l’utilisation de tourteaux de soja, mais présenterait le plus fort impact sur la biodiversité.
Franck Bourdy, Centre d’études et de prospective
Source : npj Sustainable Agriculture




