Aides au secteur agricole et biodiversité

L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a publié en octobre 2025 un rapport explorant les liens entre soutiens publics à l’agriculture et atteintes à la biodiversité. Pour conduire leur étude, les auteurs ont mobilisé les données de la base AgIncentives, qui répertorie l’ensemble des soutiens agricoles dans plus de 79 pays (dont l’Union européenne, considérée ici comme une entité étatique) et les classe selon leur nature : soutien aux prix, aide à la production ou à l’utilisation d’intrants, etc. Ces données ont été croisées avec celles de l’UICN relatives aux espèces animales menacées par l’agriculture, dans le but de mettre en évidence d’éventuelles corrélations.

L’analyse descriptive des données de soutien à l’agriculture montre qu’entre 2016 et 2018, dans l’ensemble des 79 pays étudiés, 638 milliards de dollars ont été transférés chaque année vers le secteur agricole. La Chine, l’Union européenne et les États-Unis sont les entités qui soutiennent le plus leur agriculture (respectivement 222, 106 et 43 milliards de dollars de transferts par an). Ramené à l’hectare de surface agricole, c’est toutefois la Corée du Sud (13 000 $/ha), le Japon (9 400 $/ha) et la Suisse (4 600 $/ha) qui arrivent en tête. Enfin, dans certains pays, à l’image de l’Inde où les exportations agricoles sont fortement taxées, les transferts vers l’agriculture sont négatifs, illustrant le fait que le secteur contribue davantage qu’il ne reçoit.

L’étude des liens entre soutien à l’agriculture et présence d’espèces en danger met en évidence une corrélation positive et statistiquement significative : plus le soutien à l’agriculture d’un pays (par hectare de terres agricoles) est élevé, plus le nombre d’espèces animales menacées par cette activité (par hectare) augmente (figure). En moyenne, une hausse de 1 % du soutien à l’agriculture se traduit par 0,26 % d’espèces menacées supplémentaires. En revanche, les auteurs n’ont pas pu identifier les types de soutiens les plus nocifs, aucune des analyses entreprises ne s’avérant statistiquement significative. Enfin, de façon plus surprenante, ils constatent, sans vraiment pouvoir l’expliquer, que dans les pays où les transferts vers l’agriculture sont négatifs, la corrélation est inversée et le nombre d’espèces menacées augmente à mesure que le soutien (négatif) diminue. Cette situation concerne par exemple l’Inde ou l’Argentine, qui imposent des taxes importantes sur les exportations agricoles.

Nombre d’espèces menacées par l’agriculture (par ha), en fonction du niveau de soutien à l’agriculture (par ha de surface agricole)
Source : UICN

En conclusion, les auteurs appellent les pays où le nombre d’espèces menacées par les activités agricoles et où les transferts vers ce secteur sont importants, à conditionner ces aides à la mise en œuvre de pratiques favorables à la protection de la biodiversité.

Mickaël Hugonnet, Centre d’études et de prospective

Source : UICN

https://doi.org/10.2305/RIHU4909

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