S. Brunier et al., Comment les machines ont pris la terre, ENS Éditions, 2025, 352 pages
Dans cet ouvrage paru en septembre 2025, un collectif de chercheurs en sciences sociales s’intéresse à la mécanisation des exploitations. L’histoire du machinisme agricole y est retracée, au fil de chapitres thématiques traitant, par exemple, des politiques publiques favorisant la mécanisation dans une logique productiviste, de la dépendance croissante de l’agriculture française aux énergies fossiles (avec ses conséquences environnementales), des transformations du travail des agriculteurs induites par ces équipements, etc.
Un chapitre est consacré à l’entretien et à la réparation des machines. Leur nombre et leur sophistication croissante font que les agriculteurs sont de plus en plus dépendants de leur bon fonctionnement. À partir d’une cinquantaine d’interviews, les auteurs ont cherché à identifier les facteurs qui orientent le choix des agriculteurs, entre deux régimes d’entretien et de réparation de leurs machines : l’autonomie technique de l’exploitation ou bien le recours à la délégation via des contrats de maintenance proposés par les constructeurs et concessionnaires.
Le choix de l’autonomie résulte d’un calcul économique visant à éviter le coût de réparations ponctuelles, voire d’une volonté de faire durer les équipements pour générer des bénéfices à long terme. Dans le cas d’une panne dépassant ses compétences, le chef d’exploitation procède par cercles concentriques pour résoudre son problème : il sollicite d’abord ses proches, puis le voisinage ou d’autres agriculteurs, avant de se tourner vers le concessionnaire, en dernier recours. Les exploitants peuvent aussi choisir de déléguer ces travaux mécaniques en souscrivant un contrat de maintenance. L’avancement en âge (moindre condition physique, davantage de ressources financières) ou la réduction du temps disponible, à la suite du développement des activités sur l’exploitation, encouragent ce choix.
Les auteurs montrent que la stratégie de gestion du parc matériel, au sein d’une même exploitation, diffère selon le type d’équipement, avec d’un côté les machines ordinaires dont les défaillances sont acceptables et réparables sans intervention du concessionnaire, et de l’autre les équipements plus sophistiqués, essentiels à la production, dont la continuité de fonctionnement est garantie par un contrat de maintenance.
Jérôme Lerbourg, Centre d’études et de prospective
Source : ENS Éditions



