Évaluation de la directive nitrates : conséquences et recommandations
Un rapport du Joint Research Centre, publié en juillet 2026, évalue l’efficacité de la directive nitrates de l’Union européenne, adoptée en 1991, dont l’objectif principal était de limiter la pollution des eaux souterraines et de surface par l’agriculture. L’analyse des concentrations en nitrates, entre 2016 et 2023, dans l’UE, montre des résultats contrastés selon les zones (figure). S’agissant des eaux de surface, d’importantes augmentations sont attestées dans certaines zones du territoire français (Sud-Ouest et bassin amont de la Seine) et en Pologne. À l’inverse, des améliorations substantielles sont identifiées, en particulier en France, dans le bassin Loire-Bretagne et dans l’Est. Par ailleurs, la tendance à l’amélioration ou à la dégradation n’est pas significative pour un grand nombre de masses d’eau.
Analyse de tendance (test de Mann-Kendall) des concentrations en nitrates dans les eaux de surface (gauche) et souterraines (droite) de l’UE, sur la période 2016-2023
Source : Joint Research Centre
Lecture : les zones en bleu et en vert indiquent une baisse de la concentration en nitrates (moins de -5 mg de nitrates (NO3) par litre d’eau et par an pour les bleues), tandis que les régions en jaune, orange et rouge indiquent une hausse (jusqu’à plus de 5 mg NO3/L/an pour les rouges). Les régions en gris sont celles pour lesquelles aucune tendance significative n’a été détectée.
Les auteurs soulignent que le niveau de 50 mg de nitrates par litre est pertinent comme critère sanitaire de potabilité, mais qu’il est trop élevé pour garantir la qualité écologique des eaux. Ils prônent une meilleure articulation entre la directive nitrates et la directive cadre sur l’eau, afin d’atteindre le statut de bon état chimique et écologique de l’eau visé par cette dernière. De la même façon, le plafond de 170 kg d’azote organique par hectare, fixé dans les zones vulnérables aux nitrates, paraît trop élevé. Pour la majorité de ces territoires, ils estiment que le seuil critique d’apport d’azote (toutes sources confondues), permettant d’éviter l’eutrophisation, de préserver la qualité des sols et de respecter les limites planétaires, se situerait plutôt autour de 83 kg/ha/an en moyenne.
Le rapport met aussi en lumière des zones dans lesquelles des quantités d’effluents d’élevage supérieures à 170kg N organique/ha sont apportées, et où les niveaux de surplus d’azote dépassent 120 kg par hectare. Elles correspondent à des zones denses en élevages (figure), dont certaines (Flandres, Lombardie, Piémont, Pays-Bas) ont obtenu des dérogations au plafond de 170 kg/ha entre 2016 et 2018. Des simulations réalisées avec le modèle CAPRI montrent qu’un taux de chargement animal inférieur à 2 UGB/ha permettrait de réduire de 3 à 8 % en moyenne le surplus d’azote à l’échelle de l’UE, entraînant une réduction du lessivage et du ruissellement de 4 à 7 %. Dans les régions aux densités d’élevage les plus élevées, le surplus en serait réduit de plus de 50 %.
Densité d’élevage, en UGB par ha, au sein de l’Union européenne en 2020 (gauche) et niveau moyen d’apport d’azote organique sur la période 2016-2018 (droite)
Source : Joint Research Centre
Lecture : « Livestock Unit » (LSU) en anglais correspond à l’unité de gros bétail (UGB), en français, qui est l’unité de mesure de la charge animale.
En conclusion, les auteurs recommandent une gestion intégrée des nutriments, en articulant mieux les apports d’azote et de phosphore, en misant sur le recyclage des effluents d’élevage, sur les pratiques agro-écologiques, et un meilleur équilibre territorial entre élevages et grandes cultures afin d’atteindre les objectifs environnementaux de l’UE.
Émeline Lévêque, stagiaire au Centre d’études et de prospective
Source : Joint Research Centre




