Réutilisation des eaux usées, traitées, pour l’irrigation : situation en France et à l’étranger
Dans un podcast d’avril 2026, E. Crauser-Delbourg et J.-P. Bordes présentent les points marquants de l’étude sur la réutilisation des eaux usées traitées (REUT) en agriculture, publiée en début d’année par l’Institut Terram. Le Plan Eau gouvernemental, avec son objectif de 10 % de REUT en 2030 et un cadre réglementaire favorable, n’a pas permis l’essor escompté. À peine 1 % des eaux issues de stations d’épuration sont réutilisées en France et de nombreux projets sont abandonnés.
Le secteur agricole constitue l’un des deux principaux débouchés, avec l’arrosage (figure). Mais les auteurs soulignent qu’au prix actuel de l’eau (5 à 20 centimes le m3 en grandes cultures), seules certaines situations de pénurie hydrique et/ou de productions à forte valeur ajoutée incitent à recourir à la REUT, qui revient 20 fois plus cher du fait des traitements, de l’acheminement, etc. Les pommes de terre de Noirmoutier sont prises en exemple : absence quasi totale d’eau douce sur l’île, production IGP. D’autres conditions aux projets de REUT sont mises en avant : la proximité des parcelles agricoles avec la station de traitement (pour contenir les coûts d’acheminement), la localisation en zone littorale afin de ne pas compromettre la fonction de « soutien d’étiage » jouée, sinon, par les eaux usées restituées aux rivières.
Stations de traitement d’eaux usées impliquées dans un projet de REUT (projet en instruction ou en cours de mise en œuvre), en novembre 2025
Source : Institut Terram, d’après Office international de l’eau
Les expériences d’autres pays où la REUT est plus répandue sont détaillées. En Espagne, les sécheresses récurrentes des dernières décennies ont conduit à la mise en place progressive d’infrastructures robustes et d’un cadre institutionnel favorable. Ainsi, 15 % des eaux usées sont traités et réutilisés, une part atteignant 98 % dans la région de Murcie. En Israël, la REUT approche les 90 %, la moitié pour l’irrigation, avec des distances d’acheminement pouvant dépasser les 100 km. Le prix de l’eau est élevé, reflétant sa valeur, et facturé au coût marginal (celui du dessalement de l’eau de mer). Aux Pays-Bas ce n’est pas la pénurie d’eau qui motive la REUT, mais le fait de pouvoir moduler les paramètres physico-chimiques lors des traitements, pour les cultures à haute valeur ajoutée sous serre.
Karine Belna, Centre d’études et de prospective
Source : Institut Terram



