Biocarburants et prix de la terre aux États-Unis
Dans un article publié en avril 2026 dans Applied Economic Perspectives and Policy, deux chercheurs évaluent l’impact du développement des biocarburants sur le prix de la terre dans la Corn Belt du Midwest étatsunien. En 2005 puis en 2007, deux lois américaines ont imposé l’incorporation d’un volume minimal de biocarburants dans les carburants vendus aux États-Unis. Ces changements réglementaires, dans un contexte d’augmentation du prix du pétrole brut, ont engendré une hausse substantielle de la production de bioéthanol de maïs. Si cette hausse a directement été observée sur les volumes et le prix du maïs étatsunien (figure), les auteurs se demandent dans quelle mesure ces chocs économiques se sont répercutés jusqu’au marché foncier.
Évolution temporelle de la production de maïs, de son utilisation en bioéthanol et de son prix, aux États-Unis
Source : Applied Economic Perspectives and Policy
Lecture : entre 2005 et 2022, la quantité de maïs produite aux États-Unis est passée de 11 000 à 14 000 millions de boisseaux, la part de maïs valorisée en bioéthanol d’environ 15 à 40 % (graphique (a)) et le prix du maïs de 2 à 6,5 $/boisseau (graphique (b)).
L’article compare l’évolution temporelle du prix de la terre entre les comtés à fort et faible potentiels de production agricole. Le prix de la terre est mesuré tous les cinq ans, entre 1997 et 2022, à partir du recensement agricole national, tandis que le potentiel de production est décrit au travers d’un indicateur synthétique agrégeant différentes mesures pédoclimatiques. En supposant négligeable l’impact des réglementations de 2005 et 2007 sur les comtés à faible potentiel productif, le traitement économétrique permet d’isoler l’effet de l’essor du bioéthanol sur le prix de la terre dans les comtés à fort potentiel. Ce faisant, les auteurs mettent en évidence une augmentation de 1 147 $ par acre (environ 0,4 hectare) en moyenne dans ces comtés, soit 44 % de la valeur pré-2005. L’effet est encore plus prononcé pour le quart des comtés les plus productifs : +1 952 $ par acre, soit 67 % de la valeur de départ.
En décomposant les résultats dans le temps, ils constatent que l’augmentation des prix n’est pas immédiate, mais devient forte et pérenne à partir de 2012 (figure). Enfin, l’effet est nettement plus marqué parmi les comtés dont la surface agricole n’a pas ou peu augmenté au cours du temps, reflétant la demande accrue pour un foncier agricole disponible en quantités limitées.
Évolution temporelle du prix de la terre (a) et de l’effet du boom de 2005 (b)
Source : Applied Economic Perspectives and Policy
Lecture : avant 2005, les prix de la terre des comtés à faible et fort potentiels de production évoluent de façon parallèle (graphique (a)). En 2007, l’augmentation du prix de la terre des comtés à fort potentiel, par rapport à ceux à faible potentiel, n’est pas statistiquement visible. À partir de 2012, une augmentation forte et persistante apparaît, de l’ordre de 1 500 $ par acre (graphique (b)).
Sur la base de ces résultats, les auteurs suggèrent que des travaux ultérieurs explorent l’impact de ce développement du bioéthanol sur l’accès à la terre et la répartition de la valeur créée par le secteur agricole.
Valentin Cocco, Centre d’études et de prospective




