PORTRAIT : le Policy Center for the New South, pour soutenir l’évolution des politiques publiques marocaines et africaines
Créé en 2014, le Policy Center for the New South (PCNS) est un think tank marocain qui vise à promouvoir des politiques publiques inclusives en Afrique, dans plusieurs domaines : économie, agriculture, relations internationales, société, etc. Reconnu d’utilité publique en 2021, il a bénéficié à sa création du soutien de la fondation du Groupe OCP (spécialisé dans l’extraction et la transformation des phosphates) (voir un précédent billet). Il compte une équipe de 68 chercheurs et s’appuie sur de nombreux partenariats scientifiques, notamment avec d’autres équipes africaines. Les thématiques agricoles et alimentaires sont abordées dans plusieurs axes de son programme triennal de recherche pour la période 2024-2026.
Un Policy paper publié en avril 2026 revient sur les tensions structurelles internes à l’agriculture marocaine, en particulier sur la contradiction entre ses succès à l’exportation et une vulnérabilité écologique croissante, en raison d’un stress hydrique de plus en plus fréquent et prolongé. Pour illustrer ce paradoxe, l’auteur analyse plusieurs chaînes de valeur : engrais, fruits et légumes, sucre, blé.
Concernant les engrais, avec un contrôle de près de 70 % des réserves de phosphate, le Maroc est un acteur de la sécurité alimentaire mondiale. Mais du fait de sa position dominante, il s’expose aussi à des soupçons de distorsion du commerce international de la part des pays occidentaux (États-Unis, Union européenne). La compétitivité des fruits et légumes en fait une filière incontournable pour la balance commerciale marocaine, mais les productions les plus rentables sont très consommatrices en eau. L’auteur recommande donc de dépasser les solutions technologiques (goutte-à-goutte, dessalement) pour adopter des cultures plus adaptées aux conditions biophysiques. Il préconise aussi de financer des innovations hybrides combinant frugalité et technologies.
Les consommations d’eau sont au cœur de plusieurs autres publications récentes. Un Policy bief de février 2026 (repris dans un podcast en avril) revient sur l’accroissement de la variabilité hydrique au Maroc. Alors que le système agricole et les infrastructures ont été élaborés pour répondre à la pénurie d’eau, ils doivent pouvoir désormais supporter également des pluies abondantes et des crues. Par exemple, les auteurs préconisent d’adapter les pratiques agricoles pour favoriser l’infiltration des eaux, bénéficier des apports en sédiments et profiter du lessivage des sels. Un Policy brief de mai 2026 se penche, lui, sur le mésusage et le gaspillage de l’eau, alors que l’agriculture est à l’origine de 88 % de sa consommation. Pour la réduire, il recommande d’agir sur la tarification et sur le traitement et l’utilisation des eaux usées.
Muriel Mahé, Centre d’études et de prospective
Source : Policy Center for the New South



