Travail agricole et commercialisation en circuits courts
Dans un article publié en juin 2025 dans Plos One, des chercheurs d’Inrae proposent une revue de littérature sur la question du travail des agriculteurs commercialisant en circuits courts. Les auteurs constatent d’abord que la thématique du travail est peu présente dans les publications relatives aux filières de proximité : elle n’est abordée que dans 789 des 4 500 articles qu’ils ont repérés sur ce sujet. Seules 79 de ces publications ont été conservées pour une analyse plus fine, les autres ne rentrant pas dans leurs critères de sélection. La plupart des articles de ce corpus sont le fait de chercheurs européens ou nord-américains (82 %), et portent sur des terrains occidentaux (62 %), alors même que les circuits courts sont très développés en Afrique ou en Asie du Sud-Est (figure).
Répartition des publications traitant des circuits courts, selon le continent de l’auteur (graphique de gauche) et le terrain étudié (graphique de droite)
Source : Plos One
Les 79 articles ont ensuite été analysés selon cinq dimensions : les conditions de travail, la structure du travail, sa performance économique, son organisation, et enfin les compétences mises en œuvre. De manière générale, les conclusions des articles sont loin d’être univoques et il est difficile d’en tirer des enseignements globaux. Il apparaît néanmoins que la commercialisation en circuits courts se traduit fréquemment par une amélioration du revenu agricole, notamment dans le cas des AMAP et davantage en Europe qu’aux États-Unis. Mais cela se fait au prix d’un accroissement considérable du volume de travail, ce qui grève la productivité horaire.
La plupart des publications mettent aussi en évidence une complexification du travail, avec de nombreuses tâches à combiner, nécessitant des compétences spécifiques en marketing, communication, logistique, etc. Enfin, la commercialisation en circuits courts est souvent motivée par le souhait de ne plus être soumis aux exigences des industries agro-alimentaires et de la grande distribution, et par la recherche d’une plus grande reconnaissance sociale. Ces objectifs ne sont pas toujours atteints : les consommateurs se substituent à l’aval des filières pour imposer leurs attentes et, de l’avis des agriculteurs commercialisant en circuits courts, ils ne reconnaissent pas toujours à sa juste valeur le travail réalisé.
En conclusion, les auteurs proposent quelques orientations pour de futures recherches. Ils plaident pour le renforcement des approches quantitatives, jusqu’ici peu développées.
Mickaël Hugonnet, Centre d’études et de prospective
Source : Plos One


