Production de nourriture sur terres boisées : potentialités et bénéfices
La revue Land Use Policy a publié en mai 2025 un état des connaissances concernant les modèles de polyculture associant arbres et production de nourriture (ex. fruits à coque, truffes et autres champignons). Les auteurs y explorent le potentiel de développement de systèmes alimentaires basés sur les terres boisées (SAB) et sur les espèces ligneuses, dans les régions tempérées. Ils examinent différentes pratiques de production plus ou moins extensives, notamment l’agroforesterie mais aussi les jardins-forêts, la cueillette, etc. Ils discutent aussi leurs bénéfices sociaux et environnementaux (climat, biodiversité).
Sur le plan climatique, les SAB stockent du carbone et réduisent les émissions de gaz à effet de serre (moindre recours aux fertilisants qu’une culture sans arbre, figure). Ils rendent les systèmes plus divers et résilients face au changement climatique, ce qui favorise également la biodiversité. En matière d’agronomie, certains systèmes « sylvo-arables » permettent d’augmenter jusqu’à 30 % la production de biomasse, par rapport à des écosystèmes sylvicole et cultural distincts. Sur les terres agricoles, les arbres accroissent l’efficacité de l’utilisation de l’eau, des nutriments et de la lumière, en créant des microclimats protecteurs. D’un point de vue social, associer production alimentaire et arbres génère des aménités paysagères et récréatives, tout en diversifiant les revenus des propriétaires (ex. éco-tourisme ou sport dans les forêts-jardins).
Les SAB présentent aussi des inconvénients. Du carbone peut être relâché lors de la mise en place de systèmes agroforestiers, ou sur certains sols, comme ceux gorgés d’eau. Les coûts de transition peuvent être élevés pour les agriculteurs et le passage aux SAB entraînerait des changements d’usage des sols à l’étranger (ex. déforestation).
Résumé des avantages et inconvénients des systèmes alimentaires basés sur les arbres et les forêts
Source : Land Use Policy
Selon les auteurs, la généralisation des SAB est freinée par l’économie politique actuelle, centrée sur le productivisme et le monofonctionnalisme. L’insuffisante valorisation des services écosystémiques constituerait un autre obstacle. Ce constat expliquerait la sur-représentation de l’agroforesterie (et notamment des systèmes les plus simples de cultures en allées d’arbres) dans la littérature, au détriment d’autres SAB, davantage forestiers.
Miguel Rivière, Centre d’études et de prospective
Source : Land Use Policy



